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29/06/2011

Exposition : "Dans l'intimité des frères Caillebotte, Peintre et photographe"

 

 Musée Jacquemart-André jusqu’au 11 juillet.

 

caillebotte,musée jacquemart andré

Depuis le 25 mars, je tente d’aller voir cette exposition qui fait courir peut être tout Paris, mais au vu des files d’attente, on peut penser que c’est de bien plus loin que la foule accourt.

 

M’y reprenant à plusieurs fois, j’ai fini, en désespoir de cause, car une attente supérieure à 15 minutes à quelque chose d’assassin à l’égard du désir, par réserver des billets pour une date et une heure fixe. C’est triste cette actuelle façon d’envisager ses loisirs, par la programmation totale  du moment auquel on pourra satisfaire quelque sens. Passons, soyons contemporain à défaut d’être moderne.

 

Malgré cela, ce fut un fort beau moment. Les travaux croisés des deux frères présentent un intérêt artistique et social. Je dois néanmoins reconnaître que j’ai moins suivi le parcours photographique de Martial que l’œuvre picturale de Gustave, que je connais mieux. La photographie au demeurant ne m’a jamais paru présenter un réel intérêt artistique, et la photographie dite artistique encore moins, qui est souvent prétexte à un grand n’importe quoi, voire au pire.

 

Ici, Martial saisit la vie quotidienne de sa  famille, de son périmètre de vie (depuis quelques années, je me refuse à employer le mot de « quartier », connoté, galvaudé, ridiculisé !). En une manière d’écho, Gustave poursuit les mêmes aspirations et peint, peint inlassablement de nombreuses toiles, et on se prend à déplorer qu’il meure à 46 ans, alors qu’il aurait encore pu longtemps nous éblouir.

 

Ce sont « Les raboteurs de parquet » qui m’ont fait découvrir Caillebotte, tableau alors au Louvre et depuis à Orsay, quand du temps que j’étais enfant, j’allais plusieurs dimanches par mois, seul et gratuitement errer dans les allées du palais. Cette représentation de la vie de travailleurs, peinture sociale s’il en est, m’avait bouleversé.

 

Elle continue de m’émouvoir, et l’exposition actuelle présente encore quelques scènes « sociales ». Ces intérieurs bourgeois, assez sombres, aux meubles lourds, à la tapisserie violemment chamarrée, une parente brodant au clair d’une fenêtre,  la table surchargée de verrerie et cristaux, j’ai connu cela, et le revoir ici m’a produit un effet de nostalgie assez incomparable.

 

M’ont fait rêver encore ces vues de bord de rivière, de mer, de périssoires et de rameurs, de jardins potagers ou d’agrément, toute cette vie bourgeoise que l’on dit passée, mais qui existe encore un peu, pour certains.

 

L’an dernier d’avril à juillet, le musée des Impressionismes de Giverny avait présenté une exposition intitulée «  l’Impressionnisme au fil de la Seine » qui avait eu le bon goût de produire des tableaux de Gustave Caillebotte, plus connus, disons plus « institutionnels » pour faire savant.

 

L’actuelle exposition offre l’avantage de proposer à nos regards des tableaux pour la majorité issus de collections privées. Cela permet de voir des œuvres que nous risquons de ne plus voir de longtemps.

 

Et si Martial Caillebotte est un agréable photographe (dont les travaux néanmoins n’égalent pas ceux d’Atget, Geniaux, ou Vert), il est néanmoins un témoin tout à fait intéressant d’un siècle finissant et d’un autre commençant.

 

Vous aurez donc compris qu’il reste peu de temps pour aller admirer plus que voir cette merveilleuse exposition, dans l’écrin que constitue le musée Jacquemart-André.

 

Si vous n’en sortez pas rêveur ou ébloui, c’est que votre humeur n’est pas à la nostalgie et au regret du temps passé.

 

Frédéric Arnoux ©