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20/10/2011

Reflets dans un oeil d'or (le livre de Carson McCullers, le film de John Huston)

book-reflets.jpg1941 : Lula Carson Smith alias Carson McCullers alors âgée de 24 ans, publie après " Le coeur est un chasseur solitaire ", ce second roman qu'elle dédiera à Annemarie Clarac-Schwarzenbach dont elle fut - nous dit-on - follement amoureuse. Ceci explique sans doute le comportement de ce jeune soldat qui s'introduit de nuit, dans la maison, puis dans la chambre de celle qu'il aime afin de l'admirer silencieusement durant son sommeil ? ... Trouvez moi un homme capable de faire cela ! ( Il ne risque pas de se nommer Strauss-Kahn ! )

Beauté de l'écriture, élégance du style, délicatesse des sentiments, pourtant le milieu dans lequel vivent les personnages fait irrémédiablement penser à " La Danse de Mort " de Strindberg. Dès la première phrase le climat s'installe (je cite) " Une garnison en temps de paix est un lieu monotone." Pour seules distractions, des promenades à cheval où des dîners que l'on donne en compagnie de gens que l'on n'apprécie pas particulièrement mais qui permettent de passer quelques heures en buvant encore plus que de coutume. Ici, les femmes ne sont pas très intelligentes et les hommes non plus. Chacun suit son instinct sans trop analyser ce qui lui arrive ... Des drames surviennent irrémédiablement quand les sentiments refoulés déclenchent des pulsions auxquelles on ne s'attendait pas. Rêves inassouvis, passions inavouées, tous les ingrédients sont là pour que se déclenche le pire.  

aff.film.jpgPar le biais de son film  (1967) John Huston fut fidèle au roman à un ou deux détails près mais la psychologie des personnages est parfaitement restituée. Psychologie ou caractères ? Je pencherai plutôt pour la seconde expression. Aucun d'eux n'est satisfait de son sort et la vie de chacun est un fiasco. La confrontation d'Elisabeth Taylor et de Marlon Brando est certes moins mythique que celle qui eut lieu entre Burton et elle dans La Mégère Apprivoisée mais en dépit de leur maturité les personnages ici sont inaboutis puisque loin de s'analyser, ils subissent chacun une situation qui les dépasse. 

N'importe ce fut successivement une belle page littéraire et un grand moment cinématographique.

S. @

Brando-Taylor.jpg

 

11:27 Publié dans Film, Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

26/07/2011

Notes de lectures ...

 

Quelques notes de lecture.

 

Je voulais parler d’un ouvrage paru le mois dernier chez Actes Sud intitulé « le Magicien d’Aix. Les Souvenirs de Gabriel Dussurget », dont nous déduirons du titre le nom de son auteur.

 

Dussurget.jpg

Je l’ai lu presque entièrement entre Paris et Nîmes, soit 3 heures de TGV, tant c’est davantage raconté qu’écrit.

 

Je m’aperçois que G. Dussurget, qui fut fondateur du festival d’Aix et l’un des patrons de l’Opéra de Paris sous l’ère Malraux, n’est connu que de quelques aficionados et que loin du monde des musiciens, il est totalement inconnu, ou oublié. Sic transit gloria mundi…

 

C’est pourquoi je ne m’étendrai pas sur l’ouvrage mentionné supra qui est surtout un témoignage d’une époque la « juste avant » et « l’après guerre », et des mœurs de la société du spectacle. Il y a fort peu sur le Festival d’Aix et hormis un « name dropping » forcené d’artistes quelque peu oubliés aujourd’hui, ce livre est un peu un livre pour rien, ou pas grand-chose .

 

On disait M. Dussurget homme d’esprit. Il combat cette approche par son texte et les propos prétendument légers qu’il rapporte ; pour maintenir la réputation, les ayants-droits et le préfacier ont cru bon de placer in fine une petite somme de ses bons mots. Pour 92 ans d’existence de l’auteur, elle est assez maigre !

 

Pour me remettre de cette déception, je suis allé me jeter dans une autre en lisant « Canines » de la toujours délicieuse et intéressante Anne Wiazemsky.

Canine.jpg

 

Ce livre ( prix Goncourt des lycéens 1993, ce qui ne signifie pas grand-chose et aurait dû m’alerter tant j’accorde de crédit à Paul Léautaud pour qui un écrivain récompensé est un écrivain déshonoré) évoque la prise de conscience à l’existence d’une comédienne à l’issue d’un spectacle monté par un metteur en scène caractériel dans le cadre du festival d’Avignon.

 

Après Aix, Avignon, à tout le moins ai-je des lectures saisonnièrement opportunes !

 

Si on comprend vite que l’auteur connaît bien le biotop dans lequel elle fait vivre ses personnages pour avoir été elle-même comédienne, pour Bresson, Pasolini et Téchiné notamment, et on peut penser que le metteur en scène de « Canines » est une sorte de composé de ceux-là plus quelques autres, on peine beaucoup à s’intéresser à cette « Penthésilée », d’après Kleist ( et mon goût pour le théâtre me fait fuir tout ce qui est « d’après », comme les relectures qui sont le plus souvent d’approximatives découvertes par des ânes arrogants, à la manière de ces cuisiniers qui détruisent des mets remarquables sous couvert de les « revisiter ». Passons sur ce florilège de médiocrité, il est déjà suffisant de devoir vivre avec…) que Lucerne, le caractériel metteur en scène produit sans trop savoir comment.

 

Le livre est le tracé de ce moment de vie de l’héroïne, assez molle odalisque qui manque de corps et gémit sur tout, ; sans misogynie, je la classerai volontiers dans la catégorie des emmerdeuses, pas très loin des emmerdantes et des emmerderesses…

 

On préfèrera les œuvres postérieures de Anne Wiazemsky comme « Hymnes à l’amour » et plus récemment « Mon enfant de Berlin ». C’est un auteur qui marque les esprits de sa petite musique nostalgique, assez grise, mais jamais jusqu’à la noirceur des personnages de son talentueux grand père, François Mauriac, qu’on ne lit plus assez en se privant de grand moments de littérature. 

 

Ces deux épreuves passées, je me suis tourné vers un auteur dont j’aime l’optimisme innocent et critique, un peu vachard sans avoir l’air d’égratigner, mais qui nous dépeint assez finement. Je me suis donc emparé de « La Rebelle » de Benoît Duteurtre ( que vous pouvez entendre le samedi matin sur France Musique où il officie avec intelligence à propos de la musique dont il est un spécialiste dans « Etonnez-moi, Benoît », clin d’œil à une variété qui en revanche, ne me dit rien de bon).

La-rebelle.jpg

 

Cette rebelle est l’histoire d’une ancienne professeur qui se prend pour une journaliste et qui occupe les médias ( du câble…) avec une émission qu’elle veut pleine de toupet et d’audace, et qui est surtout complaisante. Cela prouve qu’elle a conservé un certain esprit enseignant…C’est aussi l’histoire assez caricaturale de JMM et sa pitoyable aventure industrielle.

 

C’est drôle et assez finement vu, comme souvent avec Duteurtre qui n’est dupe ni de lui-même, ni de ses contemporains.

 

Je ne puis qu’appeler à lire cet auteur assez prolixe qui parle si bien de la côte normande, de Sainte Adresse, d’Etretat (voir « Les pieds dans l’eau »), de New York ( in « Le Voyage en France » ), de certaines mœurs citadines ( in « Gaieté parisienne »). C’est un homme curieux et gentil, cultivé et nostalgique d’une époque qu’il n’a pas vraiment connue, ce qui le rend attachant, parce que nous pouvons partager ce rêve éveillé.

 

Il est édité, comme Anne Wiazemsky, chez Gallimard et tous les deux sont publiés en format de poche, ce qui est une excellente raison pour les lire à bon compte et sans contrainte.

 

Frédéric Arnoux ©

 

11:50 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

24/07/2011

Une relation dangereuse de Douglas Kennedy

Ed.Belfond - Pocket n° 12292 

relat.danger.jpgComme je n'aime pas avoir de parti-pris, même si tout le monde y est peu ou prou, confronté, concernant un sujet ou un autre … je me suis contrainte à lire un Douglas Kennedy. 

J'avais eu une démarche similaire il y a quelques temps en direction de Paul Auster et de ses Brooklyn Follies et finalement, des deux, c'est encore celui que je préfère mais ceci n'engage que moi, bien entendu. Ce que je reproche en règle générale aux auteurs américains, c'est de ne pas faire de la littérature mais de se borner à nous raconter une histoire. 

Ce sont donc des conteurs (à de rares exceptions près) mais pas des auteurs comme nous l'entendons ici ou du moins tel que nous le concevions, devrais-je dire, puisque depuis quelques temps, hélas, une pseudo et envahissante production de livres suit la même voie.

Je crois avoir lu quelque part qu'Oscar Wilde nourrissait le plus grand mépris pour le style journalistique et pourtant il vivait à une époque où l'on savait encore écrire, même dans les pages d'un journal, à fortiori s'il s'agissait des pages culturelles or je ne suis pas convaincue qu'il en soit de même actuellement. Désormais les livres pour toucher le plus grand nombre (objectif suprême !) utilisent le langage parlé. 

Mais arrivons à cette " relation dangereuse " le titre se voulant accrocheur, b.a, ba du métier évidemment. 

Le premier chapitre démarre sur les chapeaux de roues puisque chacun sait qu'il faut captiver le lecteur dès les trente premières pages. Si ce n'est pas le cas, le volume échouera non lu sur une étagère ou connaîtra un sort bien pire ... Et oui, certains jettent les livres (moi pas) et ce, même si l'auteur n'a pas réussi à me convaincre de la nécessité d'avoir écrit. 

A la lecture des premières pages, j'ai cru me plonger dans un livre d'action et dois reconnaître que celle-ci était adroitement menée. Ensuite, pardonnez l'expression mais ça a fait " plouf ! " car nos deux journalistes baroudeurs ont poursuivi sur l'oreiller ce qu'ils croyaient être une aventure et à partir de ce moment là, le quotidien n'a pas tardé à les piéger. Ces deux êtres hors normes sont devenus monsieur et madame tout le monde. La femme exceptionnelle que nous venions de découvrir tomba enceinte et c'est là que le sordide pointa le bout de son nez. L'homme était bien entendu un parfait égoïste, celle qui était piégée sombra en une noire dépression, prétexte à une analyse psychologique et même psychothérapique pour le moins galvaudée. Oh ! certes, il y a de toute évidence un indéniable vécu alimentant tout ce qui nous est raconté mais pour le livre exceptionnel … disons qu'il faudra chercher ailleurs. J'ai quand même lu attentivement (parfois avec un certain agacement) ces 532 pages mais suis peu disposée à enchaîner avec un autre titre de ce même D.K. lequel finalement, manque étrangement de caféine. " What else ? " 

 

Scymone ©

09:24 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

20/07/2011

Stefan Zweig : Le Voyage dans le passé.

voyage-passé.jpg

Grasset 2008, traduction française de Baptiste Touverey

 Le livre de poche n° 31718 

Tiens, encore un Zweig inconnu, me suis-je dit en prenant visuellement possession de ce petit volume qui silencieusement m'interpellait, posé sur son présentoir. Une nouvelle jusqu'alors inédite ... Comment cela est-il encore possible ? En gros, 80 pages suivies du texte original en langue allemande, histoire de justifier les 6 € sans doute ? ... Ne soyons pas mesquine, un Zweig ne s'ignore pas ! Analyse subtile de sentiments comme toujours. Contradiction des âmes. 

Très bizarrement, la femme ici semble immuable, presque d'un bloc, c'est l'homme qui est torturé, instable, versatile en dépit de son envie de rester fidèle à l'image qu'il s'est créée. Jeune homme pauvre, il tombera secrètement amoureux de la femme de son employeur. Issu d'un milieu modeste il cherchera un temps à se dérober (par fierté diront les uns, par orgueil diront les autres) à ce confort bourgeois qui lui est offert mais l'ambition aura raison de lui et finira par endormir ses scrupules.  Il partira même au Mexique remplir une mission de confiance, laissant derrière lui celle qu'il aime. Jamais nous ne saurons si l'époux a voulu l'éloigner de sa femme car après tout, les hommes ont bien le droit à avoir de l'intuition eux aussi ? ... La guerre viendra aggraver la durée de l'éloignement. 

Le mari mort en tout début du conflit, neuf ans plus tard, l'ancien amoureux qui s'est marié dans l'intervalle, reviendra vers celle qu'il avait un temps convoitée et puis l'évidence se révélera à eux. Le temps a rempli son oeuvre dévastatrice, ils ont changé l'un et l'autre et ce vers de Verlaine prendra toute la place entre eux,

 

" Qu'il était bleu, le ciel, et grand l'espoir !

- L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir. " 

 

Moralité : ne jamais remettre au lendemain ce que l'on peut faire le jour même ! 

 

Là, je m'en sors par une pirouette, ce qui est une façon comme une autre de justifier un apparent survol dont personne, espérons le, ne sera dupe ...

 

S.@ 

16:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)