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23/01/2013

Non ! ce n'est pas un consensus ...

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1057628357.jpgPARIS - La députée européenne et ancienne candidate écologiste à l'élection présidentielle, Eva Joly, a lancé une vive mise en garde sur l'intervention militaire française "à hauts risques" au Mali, estimant qu'un conflit dans ce pays "risque d'être un remède pire que le mal".

"Je pense qu'il était urgent d'arrêter l'avancée de ces groupes mafieux et fascistes, et je pense notamment aux femmes maliennes, mais je pense également qu'il est urgent de ne pas y rester trop longtemps", a-t-elle dit vendredi devant des journalistes.

"L'intervention n'est jamais la solution. Sans un projet pour le Sahel, qui ne se réduise pas à la défense des intérêts stratégiques, la guerre au Mali, à l'instar de celle menée en Libye, risque d'être un remède pire que le mal", a souligné la députée européenne.

La France risque d'être entraînée "dans une guerre longue et coûteuse" et "malgré toutes les déclarations (...) sur la fin de la Françafrique, conduit une fois de plus une opération à hauts risques en Afrique (...) Nous devons en terminer avec cette fonction de gendarme de l'Afrique", a-t-elle poursuivi.

"Nous devons abandonner immédiatement la rhétorique de la guerre contre le terrorisme qui, de l'Irak à l'Afghanistan, a renforcé le jihadisme et l'idéologie de la guerre des civilisations sans rien résoudre sur le terrain", a dit Eva Joly.

"L'exemple de l'Afghanistan m'a convaincue que sans reconstruction
politique et sans lutte contre la corruption, toute intervention occidentale
renforce à long terme le jihadisme", a déclaré l'ancienne candidate à la
présidentielle, qui a effectué une mission en Afghanistan au début de l'hiver
et y retourne début mars.

"L'Etat malien a failli. Il faut maintenant tout faire pour aider à sa reconstruction. Cela passe (...) par la prise en compte du dialogue national et de la réconciliation entre les composantes du peuple malien, y compris les touaregs", a-t-elle dit.

La députée européenne a enfin déploré qu'"encore une fois", l'Europe ne soit "pas au rendez-vous".

"L'Europe est au balcon, a-t-elle affirmé, regarde la France et on peut craindre qu'elle (la) regarde s'enliser dans un bourbier. Cette impuissance a pour moi quelque chose d'insupportable". 

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21/01/2013

un autre son de cloche ...

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Crédit Photo :  Photothèque Rouge/JR

En général quand le gouvernement français s’occupe des Maliens c’est pour les expulser, pourquoi tout d’un coup se métamorphoserait-il en défenseur des populations maliennes? En tentant de répondre à cette interrogation, inévitablement on pointe les responsabilités propres de la France dans la crise malienne.

LES RESPONSABILITÉS DE LA FRANCE DANS LA CRISE DU MALI

Politique d’ajustement structurel

La crise de la dette dans les années 80 a eu des répercussions dramatiques sur le continent africain. Pour le Mali en 1968, la dette était 55 milliards de FCFA, en 2005, elle s’élève à 1766 milliards de FCFA. Les plans d’ajustements structurels et leur déclinaison de politiques d’initiative pays pauvres très endettés (PPTE) ont eu des conséquences désastreuses pour le Mali qui se sont traduits par une privatisation massive des entreprises maliennes pour le plus grand bénéfice des multinationales au premier rang desquelles les françaises. La distribution d’électricité est passée sous le contrôle de Bouygues qui est aussi présent dans l’extraction, les mines d’or comme la mine de Morila. La compagnie malienne du développement textile qui gérait la filière coton a été vendue en partie à Dagris. Orange par sa filiale de l’époque Ikatel récupère la téléphonie. L’office du Niger qui gère les terres arables devient un promoteur des accaparements de terres. A cela s’ajoute la présence des multinationales comme Delmas, ou Bolloré avec des entrepôts de 100 000 m2essentiellement pour le stockage du coton La seconde conséquence est l’affaiblissement de l’Etat incapable de remplir ses fonctions tant sociales que régaliennes. Les structures sanitaires et d’éducation sont délabrées, l’armée comme on l’a vu est totalement déficiente. Cette tendance est plus marquée dans le nord du pays qui est la région la plus pauvre.

Corruption massive

Dans le même temps existe au Mali, un personnel politique particulièrement corrompu. L’entourage d’Amadou Toumani Touré (ATT) et son clan ont amassé des millions d’euros du fait de la corruption et des trafics notamment dans le nord du pays. Trafics en tout genre qui financent non seulement les bandes armées djihadistes ou non mais aussi la hiérarchie militaire malienne et le personnel politique. La France n’a eu de cesse de soutenir Amadou Toumani Touré qui, s’il a été capable après le coup d’Etat de rendre le pouvoir aux civils, s’est présenté et a gagné les élections présidentielle de 2002-2007 puis une seconde fois 2007 -2012 mais là, dans des conditions de transparence et de sincérité du scrutin fort discutables. Comme à son habitude la diplomatie française a fermé les yeux et a soutenu ATT alors qu’il menait le pays droit vers l’abîme.

Intervention en Libye

La France a été le fer de lance dans l’intervention militaire en Libye. Comme pour le Mali, Sarkozy a prétexté l’urgence pour intervenir -à l’époque il s’agissait de colonnes de blindés qui s’apprêtaient à entrer dans la ville libérée de Benghazi. On connait la suite, d’une intervention pour bloquer cette colonne, elle s’est transformée en une intervention massive de l’OTAN qui a volé la révolution aux Libyens et l’a empêché au fur et mesure des conquêtes de territoires de construire et de fonder des structures de pouvoir. La militarisation à outrance et la chute brutale de Kadhafi ont créé un vide propice permettant à tous les groupes djihadistes et les trafiquants de puiser largement dans les stocks d’armes. De plus cette soudaineté de l’effondrement du régime libyen sans remplacement crédible d’une structure gouvernementale a déstabilisé la région entière en enlevant une source de médiation dans les conflits sahéliens.

La France joue avec le feu

La France comme les autres métropoles impérialistes comprend qu’ATT se refuse à combattre réellement AQMI au nord Mali. Cette question est d’importante pour la France où AREVA investit de fortes sommes pour l’extraction de l’Uranium dans la zone du Niger frontalière à celle du nord Mali. Elle voit dans le MNLA la possibilité de s’en servir comme une sorte de supplétif capable d’assurer la sécurité des installations minières et de contenir les attaques d’AQMI. Le mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) est une organisation touarègue laïque, son agenda est l’indépendance de l’Azawad situé dans le nord du Mali. Il est le fruit d’une recomposition parmi les organisations touarègues. L’essentiel des troupes combattantes viennent de Libye où elles servaient dans l’armée. Avec la chute de Kadhafi elles sont retournées au Mali avec des armes et des véhicules équipés de mitrailleuses. Un convoi qui parcourra des milliers de kilomètres sans jamais être inquiété. La diplomatie française à l’époque conduite par Juppé, toujours droit dans ces bottes, expliquait que le temps était venu d’engager des négociations avec le MNLA lui donnant crédibilité et encouragement:«Paris est favorable à un dialogue politique inter-malien. Alain Juppé l’a réaffirmé sur les marches du palais présidentiel: «C’est un dialogue politique qui peut permettre de s’en sortir et pas une confrontation. Un dialogue inter-malien est absolument nécessaire».Lors de cet entretien le ministre français a rappelé que la France était attachée au respect de l’intégrité territoriale du Mali et que l’adversaire numéro un avait un nom: Aqmi, al-Qaïda au Maghreb islamique"[1].

Le scénario se déroule différemment de ce qu’avaient prévu les stratèges du Quai d’Orsay. Le MNLA va faire alliance avec les djihadistes dans la lutte contre l’armée malienne puis sera expulsé des principales villes du nord par ses anciens alliés. Il existe quatre groupes djihadistes, Ansar Dine organisation touarègue qui a refusé de se joindre au MNLA, sa priorité est l’instauration de la charia. AQMI qui vient du l’organisation Algérienne du GSPC, Groupe salafiste pour la prédication et le combat, le MUJAO (mouvement pour l’unicité du djihad en Afrique de l’Ouest et Boko Haram qui est une secte qui sème la terreur au nord du Nigeria en s’en prenant à l’Etat, ainsi qu’aux Nigérians de confession chrétienne.

LA POLITIQUE DE LA FRANCE DANS LA GESTION DE LA CRISE MALIENNE

Rappel

L’intervention de la France au Mali se situe dans une longue tradition d’interventions. Depuis l’indépendance des pays africains la France est intervenue une soixantaine de fois. La stratégie de la France est de garder son influence politique et économique au moyen d’un soutien sans faille aux différentes dictatures qui en échange de cette assurance tout risque favorisent les intérêts français. Ainsi les multinationales hexagonales bénéficient de véritables niches commerciales, dans l’agroalimentaire, la logistique, les transports la téléphonie, mais aussi dans le pillage des ressources naturelle, pétrole et uranium notamment.

Les pions de la France

Quand elle le peut, la diplomatie française évite d’intervenir directement. Ainsi dans la crise malienne. Elle dispose de deux structures. La présidence de L’Union Africaine assurée par le Béninois Boni Yayi. Lors de sa visite en France le 30 mai, Hollande lui a conseillé que l’UA fasse une demande de recours au conseil de sécurité de l’ONU pour demander une intervention militaire africaine:«Abordant les différentes pistes pour une sortie de crise, le président français a demandé à la Cedeao et à l’Union Africaine de saisir le Conseil de sécurité de l’Onu, afin que celui-ci puisse «désigner un cadre qui permette au Mali et plus largement à la zone Sahel de renouer avec la stabilité»».[2] Lorsqu’il apprit à Montréal l’intervention militaire française, il a déclaré qu’il était aux anges (sic)[3]. Son deuxième point d’appui est la CEDEAO qui est l’organisme qui regroupe les états de l’Afrique de l’ouest, est présidé par Alassane Ouattara qui doit son poste de président de Côte d’Ivoire grâce aux blindés de la France. L’argument à l’époque était de faire respecter les résultats des élections présidentielles. Un scrutin dont la légitimé est de plus en plus discutée. Quant au médiateur de la CEDEAO, ce n’est autre que Blaise Compaoré bien connu du sérail de la Françafrique, puisse qu’il a contribué à renverser Thomas Sankara et a été le complice de Charles Taylor condamné pour crime contre l’humanité pour ses exactions au Liberia et en Sierra Leone.

La France s’oppose à un processus de transition politique

Lorsque la hiérarchie militaire a voulu envoyer les soldats maliens sur le front en leur assurant que les armes et les munitions viendraient après, une révolte a éclaté dans la caserne de Kati située à une quinzaine de km de la capitale Bamako. Les mutins se dirigent vers le palais présidentiel, défendu faiblement par quelques membres de la garde présidentielle. ATT doit s’enfuir. Les mutins se retrouvent au pouvoir, ils annoncent la création d’un conseil national. Le putsch est appuyé par la gauche radicale, les organisations de la société civile militante et une partie des organisations syndicales qui vont fonder le mouvement populaire du 22 mars. Cette organisation ambitionne d’être l’aile politique des militaires. La diplomatie française est en phase avec les pouvoirs africains en place, la peur est grande que le Mali s’émancipe de l’ordre établi et vont tout faire pour remettre en selle le pouvoir précédent pourtant honni. La CEDEAO va organiser un blocus économique dont l’efficacité se fait vite sentir du fait de l’enclavement du pays. Elle va saboter toutes les initiatives visant à une refondation politique qui réponde aux exigences des populations et réussir à mettre en place le président de l’Assemblée Nationale qui n’a aucune légitimité ni populaire ni constitutionnelle. Pire, alors que les djihadistes renforcent leur position, la CEDEAO va bloquer dans les ports de Dakar et de Conakry les chargements d’armes que le Mali a pourtant achetés en toute légalité[4]. Ils seront débloqués quand le gouvernement malien signera la demande d’aide militaire extérieure

Lobby belliciste

C’est la France qui va faire un travail intense de lobby pour que la communauté internationale accepte le principe de l’intervention militaire, c’est elle qui va écrire la résolution de l’ONU et bataillera pendant des mois contre le scepticisme de l’ONU, des USA, et de l’Algérie elle-même qui devra accepter à contre cœur le principe d’une négociation avec certains groupes notamment le MNLA et Ansar Dine.

L’INTERVENTION MILITAIRE DE LA FRANCE

Des observateurs comme Jacquemot dans l’hebdomadaire l’Express explique que cette intervention a été longuement préparée:«Le déclenchement de l’intervention française a été soudain, mais il était planifié. Pour preuve, la contre-offensive menée ensuite au-delà des localités menacées était bien préparée»[5]. Le Drian ministre de la défense lui aussi parlait en 2012 d’une intervention inéluctable[6].

Une fois de plus, l’urgence évoquée d’une intervention militaire sert à éviter le débat et permet d’avancer des objectifs qui évoluent au fil du temps. En effet l’intervention a été justifiée pour stopper l’avancée des djihadistes. Aujourd’hui on voit bien que l’objectif initial atteint, un nouveau apparaît désormais: on parle «d’éradiquer les islamistes de sécuriser l’Etat malien»ce qui permet pour la diplomatie française toutes les marges de manœuvre.

Une intervention qui est faite en dehors du cadre juridique international. Rappelons que la résolution 2085 du conseil de l’ONU n’autorise que les interventions des forces armées Africaines. La France a obtenu un assentiment à postériori du conseil de l’ONU avec cependant de fortes réserves des experts militaire de cette instance.

Toujours pour rester dans le cadre légal, la France argumente qu’elle a agi suite à la demande du président malien qui comme nous l’avons vu n’a pas plus de légitimité constitutionnelle que populaire.

Une intervention qui va durer

Cette intervention va durer du fait de la résistance importante des djihadistes liée à leur entrainement et à leur armement. De plus la tactique opérée par ces groupes est désormais de se séparer et tenter d’envahir des villes moyennes ou petites. Ainsi les frappes des avions mirages et rafales vont vite devenir inopérantes. En effet ils servent avant tout à frapper des positions fixes clairement établies, QG, entrepôts camps d’entraînement etc. Dans tous les cas des opérations terrestres devront avoir lieu. Déjà des combats ont été engagés par les militaires français à Diabali. Théoriquement ces opérations devraient être du ressort des armées africaines, mais ces dernières, comme celles du Niger ou du Sénégal sont peu efficaces et, si elles sont relativement efficientes, elles ne connaissent pas le terrain comme l’armée Nigériane. Aussi dans tous les cas l’armée française devra se déployer, et il n’est pas exclu qu’elle soit en première ligne dans les affrontements. Le début d’une intervention pérenne est amorcé puisque l’objectif est de déployer 2500 soldats au Mali.

Notons car c’est aussi un élément important à l’heure de l’austérité budgétaire que la valorisation de l’intervention actuelle est estimé à 400 000 euros par jour[7], on imagine ce que l’on aurait pu faire avec de telles sommes pour l’amélioration des structures sanitaires et sociales dans la région du nord Mali.

Le renforcement du plan Vigipirate, la volonté d’une dramatisation à outrance des risques de terrorisme contribuent à créer un climat d’union nationale, et renforce dans le même temps le climat raciste de la France. Une fois de plus les thèses de l’islam comme danger potentiel pour la France vont être renforcées.

Un risque de crise humanitaire majeure

Après six jours de conflit l’ONU a enregistré plus de 150 000 réfugiés qui fuient les zones de guerre et se réfugient dans des pays où déjà la population est pauvre ainsi que 230 000 déplacés à l’intérieur du Mali[8]. Faute d’accompagnement politique, le vide créé par la fuite des djihadistes des principales villes de la région risque de voir éclore des conflits entre les communautés basés sur des ressentiments anciens. Le nombre extrêmement important d’armes en circulation dans la région, les milices qui se sont créées notamment le Ganda Iso (fils de la terre en langue Songhaï) une des trois milices qui constituent le Front de libération du Nord Mali, la récente prise de position du MNLA qui refuse que l’armée malienne puisse entrer au nord Mali, fait craindre une explosion de violence ou du moins une succession de conflits extrêmement meurtriers alimentés par la mise en place de milices d’auto-défense des différentes communautés. Un risque avéré de voir une situation identique à celle de l’est du Congo Kinshasa (RDC) où pourtant les forces de l’ONU sont présentes mais n’arrivent pas à enrayer cette spirale. D’autant que comme pour la RDC au-delà des conflits entre communauté, les enjeux économiques liés aux différents trafics dans cette région sont énormes, notamment celui de la drogue. Le cas le plus parlant est l’atterrissage d’un Boeing 727 rempli de cocaïne à destination de l’Europe avec une valeur marchande de plusieurs millions d’euros. Déjà, nous assistons aux exactions perpétrées par l’armée malienne comme l’indique le journalLe Monde

Rester internationaliste

Notre position va à l’encontre d’une quasi union nationale. Certains ont pu se laisser envahir par une émotion tout à fait légitime face à la barbarie des djihadistes et la souffrance des populations, mais dès maintenant les choses deviennent plus claires, on nous explique que la guerre sera longue coûteuse et dure.

La France qui est la source des problèmes ne peut être la solution. En effet la France qui depuis l’indépendance des états africains n’a eu de cesse de soutenir les pires dictatures, les pires massacres, les pires guerres, qui est impliquée dans le génocide du Rwanda, n’est certainement pas la mieux placée pour défendre les droits des peuples en Afrique.

Nous ne pouvons que dénoncer la Françafrique, son soutien aux dictateurs, le fait que Hollande reçoit les Bongo, les Déby, les Compaoré, le fait qu’elle n’a pas prononcé une seule protestation contre les violences des forces de répression au Togo à l’encontre des manifestants.

Nous devons réaffirmer notre solidarité avec les forces progressistes africaines et maliennes qui s’opposent à l’intervention française.

Paul Martial, le 16 janvier 2013

On ne combat pas la violence en faisant la guerre, ce qui débouche immanquablement sur l'escalade.  S. @

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07:26 Publié dans A ma guise | Lien permanent | Commentaires (0)

20/01/2013

" changement, " vous avez-dit, changement ? ...

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Le gouvernement semble déterminé à bousculer les uns après les autres tous les grands acquis sociaux. Dès que le patronat formule un souhait, il cherche à l’accomplir. On aurait pu penser qu’après le « choc de compétitivité » décidé sous la pression des milieux patronaux, qu’après la réforme du marché du travail, qui vient d’être conclue à la demande de François Hollande, l’Élysée et Bercy laisseraient l’opinion un peu souffler. Eh bien non ! De nouvelles tractations ont repris, toujours sous la pression du patronat, pour mettre en œuvre une réforme explosive, puisque son but est de casser le mode actuel d’indexation des retraites, pour faire baisser leur pouvoir d’achat.

De fait, le gouvernement n’en finit pas d’annoncer des réformes socialement discutables, tantôt sur la pression de Bruxelles, tantôt sur la pression des milieux patronaux. Dès l’alternance, il y a eu ainsi la mise en œuvre d’une politique d’austérité budgétaire et salariale, avec à la clef des coupes claires dans les dépenses de l’État, et le refus de tout « coup de pouce » en faveur du Smic, mis à part l’aumône consentie au 1er juillet 2012 de +20 centimes d’euro par jour.

Dans la foulée, le gouvernement a aussi choisi de ne pas mettre en œuvre la « révolution fiscale » pourtant consignée dans les 60 engagements de François Hollande et qui devait prendre la forme d’une fusion de l’impôt sur le revenu et de la Contribution sociale généralisée (CSG). Et en plus de cela, il a fait le cadeau aux très grandes fortunes de plafonner les « niches fiscales », mais sans intégrer dans le dispositif les deux niches les plus scandaleuses, celle qui porte sur les investissements dans les DOM-TOM et qui a donné lieu à des dérives invraisemblables, et celle, plus petite mais encore plus sulfureuse, qui concerne le cinéma, via le dispositif des Sofica.

Mais c’est surtout en faveur des entreprises et de leurs dirigeants que le gouvernement a multiplié les réformes les plus discutables et les plus inégalitaires. Il a d’abord suffi que quelques grands patrons, s’auto-qualifiant de « pigeons » (mais étant pour certains d’entre eux de vrais évadés fiscaux), froncent des sourcils pour que le gouvernement s’empresse de remettre en cause son projet de taxation plus équitable des plus-values de cession.

Puis, il y a eu la mise en œuvre du « choc de compétitivité » demandé par le patronat, au terme duquel le gouvernement va apporter 20 milliards d’euros aux entreprises sous forme de crédit d’impôt, sans la moindre contrepartie. Autrement dit, l’effet d’aubaine va jouer à plein : certains grands groupes, notamment ceux du CAC 40, pourront en jouer pour gonfler leurs dividendes. Et ce sont les Français qui en feront doublement les frais. D’abord au travers d’un durcissement des économies budgétaires. Ensuite au travers d’un relèvement de la TVA – que François Hollande avait fait grief à Nicolas Sarkozy de vouloir mettre en œuvre.

Dynamitage du droit du licenciement

Et puis, pour finir, il y a donc eu l’initiative de François Hollande qui a poussé les partenaires sociaux à engager un accord de flexisécurité, qui s’avère, sans grande surprise, être un accord de dupes : si le Medef a accepté quelques modestes concessions, en prenant soin que son financement repose en partie sur les salariés, il a obtenu, en retour, un véritable dynamitage du droit du licenciement. Ce qui va conduire à une accélération des plans de réduction des effectifs, comme viennent le confirmer les 7 500 suppressions de postes annoncées par Renault – entreprise dont le principal actionnaire est encore l’État.

Bref, cela a été depuis l’alternance une rafale sans fin de mesures socialement douloureuses ou inéquitables. À croire qu’il n’y a pas eu d’élection présidentielle ; que la même politique économique et sociale se poursuit, celle impulsée jusque-là par Nicolas Sarkozy. Voilà maintenant que les tractations se portent sur les retraites. Le Medef a en effet décidé de faire de la surenchère – pourquoi s’en priverait-il ? – en proposant de casser le système d’indexation des retraites. Et le ministre du budget, Jérôme Cahuzac – que l’Élysée a visiblement décidé de protéger – a fait comprendre que le gouvernement accueillait cette idée avec intérêt.

Pour comprendre ce qui se dessine, il faut d’abord avoir à l’esprit le mode actuel d’indexation des retraites. Jusqu’en 1993, le mode d’indexation des retraites de base était plutôt favorable, puisqu’il suivait l’évolution des salaires. Puis, cette année-là, Édouard Balladur a pris, en plein été, une première réforme dont l’une des mesures – à l’époque très contestée par la gauche – a consisté à prendre pour référence de l’indexation pour les retraites du privé non plus l’évolution des salaires mais celle des prix (hors tabac). À l’époque, les socialistes ont déploré que les retraités y perdent beaucoup en pouvoir d’achat.

Puis, en 2003, François Fillon a prolongé cette réforme, en décidant que ce mode d’indexation s’appliquerait aussi à la fonction publique. Ce que les socialistes ont toujours à l’époque vivement dénoncé.

Quant aux régimes de retraite complémentaire, le mode d’indexation suit également les prix (hors tabac), mais chaque année le mode de gouvernance de ces régimes impose que le choix final de la revalorisation soit entériné au terme d’une concertation entre les partenaires sociaux.

Le Medef veut maintenant inverser la mécanique habituelle. Il a voulu brusquer les choses, en proposant de mettre en chantier un véritable plan d’austérité pour les régimes de retraite complémentaire. Et il pense sans doute que cela fera jurisprudence pour le régime de base.

Cinq ans d’austérité

C’est à l’occasion d’une troisième réunion de négociations entre les partenaires sociaux, mardi 15 janvier, que le Medef a abattu ses cartes. Voici ces propositions telles que les résume la CGT sur son site Internet :

« Le plus important est que ce projet reste dans une veine très régressive avec en particulier : • Évolution des pensions pour 2013 au niveau de l’inflation moins 1,5 point, puis de 2014 à 2017 au niveau de l’inflation moins 1 point. • Une baisse du taux de réversion de 60 à 56 % dès le 1er janvier 2014 et un âge minimum qui passerait de 55 à 60 ans à l’Arrco. Le texte propose également une réduction de 30 % des droits des chômeurs. Enfin, le Medef propose dans ce même projet des dispositions pour le moyen et le long terme, alors même que ces points devaient initialement faire l’objet de débats ultérieurs, dans le prolongement de la concertation annoncée par le gouvernement sur les retraites. Inutile de développer sur la nature des mesures avancées, puisqu’elles portent principalement sur le recul de l’âge d’accès à une retraite sans abattement (de 62 à 64 ans d’ici 2027). »

C’est donc un plan massif d’austérité que propose le Medef pour les deux grands régimes de retraite complémentaire que sont l’Agirc (pour les cadres du privé), et l’Arrco (pour les salariés). Un plan d’austérité qui durerait cinq ans, de 2013 à 2017, avec des pertes de pouvoir d’achat considérable. Dans la foulée, le Medef préconise aussi une baisse du montant des pensions de réversion qui passerait de 60 à 56 % du montant de la pension versée au conjoint.

À cette provocation, dans une conjoncture d’effondrement du pouvoir d’achat, on serait enclin de ne pas prêter attention. Mais précisément, si le Medef a fait cette proposition, c’est qu’il savait qu’il avait une bonne chance d’être entendu. Et effectivement, le gouvernement a fait savoir que si une telle réforme voyait le jour pour les retraites complémentaires, il pourrait s’en inspirer pour les régimes de base, en soumettant cette idée à la concertation qui doit avoir lieu dans les prochains mois pour dessiner la prochaine réforme des retraites.

C’est Jérôme Cahuzac, à l’occasion d’un entretien dans Les Échos, qui a fait comprendre quelles étaient les intentions du gouvernement. « Les partenaires sociaux devraient se mettre d’accord d’ici à mars sur une désindexation, au moins partielle, des pensions Agirc-Arrco. Le gouvernement doit-il faire de même en désindexant les retraites au 1er avril ? », lui demande le quotidien. Réponse du ministre du budget : « Un accord de ce type des partenaires sociaux sur les retraites complémentaires serait un élément d’appréciation très important. On ne pourra pas ne pas en tenir compte. Pour autant, rien n’est décidé aujourd’hui et rien ne le sera sans qu’une concertation approfondie soit menée, comme c’est du reste prévu sur ce dossier. L’accord sur l’emploi montre que cette méthode est la bonne. »

Traduction des Échos : « Ceci signifie qu’une telle décision, si elle était prise par les partenaires sociaux, pourrait servir de modèle pour résorber une partie du problème du financement... des régimes de retraite de base. Une question qui sera abordée au printemps. »

Malheureusement, pour le Medef et pour Jérôme Cahuzac, un compromis est pourtant loin d’être trouvé sur les retraites complémentaires. Même si la CGT est la seule centrale à refuser catégoriquement une revalorisation inférieure à l’inflation, les quatre autres confédérations n’acceptent pas le projet du Medef en l’état et demandent que si la revalorisation se situe sous l’inflation, il y ait en contrepartie une hausse des cotisations. Pour l’heure, le plan d’austérité est donc encore loin d’être ratifié. Et la seule certitude, c’est que Jérôme Cahuzac n’éprouve aucune gêne à marcher main dans la main avec le patronat.

Même le quotidien des milieux d’affaires et de la droite le suggère : dans la détermination de la politique économique et sociale du gouvernement, c’est le Medef, pour l’essentiel, qui fixe actuellement le cap.

 

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- Pauvre électeur, tu seras toujours cocu ! 

08:02 Publié dans A ma guise | Lien permanent | Commentaires (0)

19/01/2013

La guerre de la France qui fait la honte de l'Afrique

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Afrique.jpg(Pourquoi les Africains tournent le dos à une solution africaine ?)

Depuis le début de l’expédition de l’armée française contre les Djihadistes du  nord Mali baptisée ‘‘opération serval’’, le sentiment dominant en Afrique et au Mali même est la joie.

Plus grave est l’idée largement répandue  et soutenue sur les plateaux de radio et de télévision par les meilleurs commentateurs africains que la France est intervenue au bon moment et il n’y a pas de quoi en avoir honte , puisque de toutes les façons,  aucun Etat africain n’a les moyens de la France pour venir à bout des Djihadistes.

Aucune voix discordante , en dehors de celle de la Tunisie dont le ministre des Affaires étrangères a estimé hier que cette guerre pouvait être menée par les seuls Africains. A l’appui de cette thèse misérabiliste qui conforte les idéologies racistes sur le continent noir, on affirme  que la lutte contre le terrorisme transfrontalier ne peut être l’affaire d’un seul pays .Et de citer le cas de l’Afghanistan et d’autres pays où c’est une coalition d’Etats qui mène la lutte. Mais personne ne dit pourquoi les Américains et toutes les forces coalisées de l’Otan et du monde entier ne sont pas venus à bout des Talibans afghans ,  plus de  dix ans après le déclenchement de cette drôle de guerre sans combat. Les seuls combats étant ceux livrés pour déloger avec  les fameux drones  les poseurs de bombe qui sèment la désolation dans le camp des forces coalisées.

Aujourd’hui au Mali, c’est la France qui  donne le tempo, pour ainsi dire et mène le bal de l’offensive contre les fondamentalistes qui occupent le nord Mali et les Africains donnent la fâcheuse impression d’être à sa remorque. Une énième réunion des chefs d’Etat major de la Cedeao dans la journée de mardi a reporté la décision à la journée d’hier mercredi,  comme si le temps ne pressait pas. Il y a quelque chose d’humiliant pour nous autres Africains à voir une puissance occidentale, et de surcroît l’ancien colonisateur venir faire la guerre à notre place, comme au temps de la colonisation et décider de comment cette guerre va être menée. Imagine -t- on un pays comme le Vietnam,  après l’historique  victoire de Dien Bien Phu,  demander aux Français de venir les sauver d’une invasion chinoise,  coréenne ou japonaise ?.Ce qui gêne dans le drame malien c’est que l’épicentre de la décision de la guerre n’est pas à Bamako avec le président Dioncounda Traoré qui doit s’ennuyer ferme  dans son palais, pendant que son homologue français cogite stratégie avec ses généraux à Paris. Parce que,  en France,  la « guerre « » contre les djihadistes maliens est d’abord une affaire franco-française  gérée depuis l’Elysée. Une affaire traitée comme une question  de politique intérieure. C’est la France puissance moyenne, avec un président au plus bas dans les sondages  qui montre ses muscles à l’Afrique et au monde entier:ça peut faire gagner des points ! Le président Hollande est à la manœuvre quotidiennement, avec un mini conseil  de guerre pudiquement baptisé « conseil de défense », pour définir la stratégie de l’armée française et les objectifs assignés aux combattants français. « L a France n’a pas vocation à rester au Mali » répète-t-il à l’envi .Mais pour le moment,  son président  fait de la guerre malienne sa guerre, comme si le Mali était une partie du territoire français. C’est ainsi qu’on comprend pourquoi  Le premier ministre  français, qui d’ordinaire s’occupe des affaires intérieures,  laissant la diplomatie au président ,  

a rencontré les différents responsables de parti représentés au parlement lesquels ont apporté leur soutien quasi unanime à l’action, avant de faire organiser un débat sans vote à l’Assemblée Nationale. Une simple formalité républicaine destinée à donner le blanc seing réclamé par le gouvernement pour la conduite de « sa guerre ».Très rapidement, le temps de passer la patate chaude aux Africains eux-mêmes, pour éviter l’enlisement. Tout se passe comme si le Mali n’était pas un pays souverain avec un gouvernement qui a sa politique de défense de son  territoire.

Au Mali comme partout ailleurs en Afrique,  aucun débat n’est organisé autour de la question de la guerre anti-terroriste quant à la stratégie à suivre pour mettre hors d’état de nuire les Djihadistes. Ce sont les chefs d’Etat,à l’exception notable de quelques uns,  qui  ont décidé  tout seuls d’envoyer des troupes, sans agenda ni objectif précis,  pratiquement  sur injonction de la France.

Quelle honte !

Au total,  la guerre du Mali conforte l’image ancrée dans l’opinion internationale d’une Afrique toujours  démunie , faible et qui ne peut rien faire sans les puissances occidentales. Or pour le Mali, la situation semble à portée de main et l’alternative à l’expédition française existe en Afrique et par les Africains eux-mêmes. Il y  au nord du Mali,  la grande Algérie dotée d’une armée puissante, à l’ouest , la Mauritanie dirigée par un putschiste repenti. Pourquoi l’Algérie pays méditerranéen mais aussi désertique avec une armée puissante qui a pu venir à bout des islamistes du FS(Front du Salut) ne peut pas prendre la tête de cette croisade anti Djihadiste  dans le nord malien qui est à sa frontière sud dans le cadre de l’Union africaine ? Elle a l’avantage de connaître autant,  sinon  mieux  que les Français la région concernée, d’identifier avec précision  tous  les protagonistes   du drame malien. Au demeurant, l’Algérie est un pays africain qui a  la légitimité d’avoir livré avec succès une guerre anticolonialiste  contre la France et ne peut guère être soupçonnée  de visée hégémonique. Si on ajoute à ces deux pays,  la Lybie, le Maroc qu’on oublie souvent et  les 16 pays de la Cedeao comprenant  le géant Nigéria dont les généraux ont pu mener à terme des missions  de l’Ecomog au Liberia et en Sierra Leone, nous avons là une puissance qui devrait pouvoir mettre  en déroute ces Djihadistes d’un autre âge qui  ne vivent  que de rapines,  de trafics divers  et d’enlèvement s et qui n’ont d’autre projet de société que l’amputation  des mains des voleurs et la destruction des monuments. Cette alternative a l’avantage de régler le problème des fondamentalistes musulmans à la racine, en Algérie et dans tous les pays du Maghreb mais aussi au Mali et au Nigeria. Au lieu de cela,  chaque chef d’Etat jouait les messieurs bons offices pour des négociations aussi incongrues que futiles avec des gens qui  ne voulaient rien céder .Du milieu du mois de mars , date du coup de force du capitaine d’opérette Sanogo, ce sont des mois de palabres interminables qui ont donné l’impression aux Djahadistes d’un atermoiement de la communauté internationale. L’intervention française est venue , pour ainsi dire , réveiller brutalement les dirigeants africains de leur torpeur .Les populations africaines  dont les ancêtres ont vaillamment combattu et  versé leur sang pour que nous soyons libres et indépendants sont contraintes de boire le calice de la honte et  de l’humiliation jusqu’à la lie, ceci,  par la faute de ses dirigeants.

Coup pour coup non mali.jpg

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