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30/06/2014

Elections piège à ...

C’est grand peine vraiment que ces élections académiques. L’adjectif d’abord est fort peu engageant, qui peut être entendu comme manquant de fantaisie, tout entier fait de conformité (aux temps, aux mœurs, aux discours  toujours répétés…), de fadeur et disons-le d’ennui.

Mais quel désir peut saisir un citoyen du désir d’en être avec chance d’y parvenir ? Jusqu’en 1980, les citoyennes pouvaient en rêver, aider à en être, battre campagne pour leur poulain (l’âge des candidats prêtant à sourire à cette appellation…) organiser force dîners et déjeuners, comploter dans le salons et les arrières salles de maison d’édition, mais jusqu’à Marguerite la Grande (laissons à Duras l’adjectif inverse, elle qui fut certainement la plus grande de nos auteurs mineurs, bataillon vertigineux!) point de salut pour les jupons ! L’académie des dames ne relevait que des beaux-arts !

Ce temps a passé et quelques-unes parfois font irruption, certaines connues, jamais d’illustres !,  d’autres pas, très égales en cela aux hommes auxquels elles s’opposent dans les urnes du quai Conti.. Ont-elles sous le coude une œuvre importante ou légère ? peu importe. Seule l’ambition pousse les candidats à tenter d’être distingués par ceux et celles dont ils se veulent les pairs.

« Vanitas vanitatum, et omnia vanitas ! » L’Ecclésiaste était aussi psychologue avant l’heure qui savait que les glorioles du monde séduiraient ceux qui se pensaient à leur hauteur.

Mais je crois certains candidats plus joueurs que véritablement intéressés à cette distinction qui fait d’eux alors, à quelques jolies exceptions près, des personnages empesés, des gens respectables.

« On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans » . Henri Jeanson, peu sympathique mais homme d’esprit  se disait avoir 70 ans d’adolescence. C’est ce que je souhaite aux farceurs candidats, malgré d’étranges récidives, sauf à ce qu’il faille voir dans leurs tentatives à s’introduire sous la Coupole le signe d’une infinie jeunesse, désireux qu’il sont de tremper les nattes des filles dans les encriers, de semer des pétards sous les pas des vieillards figés et sans défense et rapporter de fausses nouvelles à quelques sourds qui les déformeront encore. Le jeu est infini…

Cela pour rester étonné qu’on pût s’étonner de la non élection de Philippe Meyer à l’Académie française. Pour ce que je crois en savoir, c’est son second échec, ce qui signifie qu’il n’y en aura pas trois, soit qu'il soit élu la prochaine fois… soit qu’il n’y ait pas de prochaine fois.

Il a dû pâtir de la récente élection de M. Finkelkraut, dont le désir d’académisme fut surprenant ; lui-même homme de radio, et plus généralement homme de média, il venait couper l’herbe sous le pied d’un prochain élu paissant sur les mêmes prairies au pied des mêmes antennes.

Monsieur Meyer a cela de très plaisant qu’il est un esprit libre, un homme aux talents protéiformes, homme d’estrade et de tribunes, mais  de plume et d’estoc aussi, pointu en diable en quelque domaine qu’il souhaite porter son infatigable intérêt et son regard moqueur.

N’étant pas privé d’esprit il nous fait partager le sien au cours d’« Esprit public » et si nous  ne comprenons pas le propos, il  est tout prêt à nous le chanter une prochaine fois, ce qui démontre avec humour qu’il est opiniâtre et enclin à une naturelle patience.

Ces qualités seront-elle suffisantes pour faire de lui un immortel au sein d’un cénacle qu’on veut rajeunir en consacrant de nouveaux talents, sans parvenir à concilier ces deux objectifs : on rajeunit avec  des élus sans talent ou on enrichit avec des doyens dont la carrière est déjà lointaine. 

Que diable souhaitez-vous cher Monsieur Meyer, en entrant Quai Conti, séduire Madame Carrère, Madame Delay, Madame Djebar, bientôt, pourquoi pas ? peu ingrat et magnanime, Madame Bona qui vous ravit en son temps le fauteuil 33, celui de Michel Morht, dont l’œuvre était oubliée quand l’encre qui la constituait n’était encore pas sèche, mais surtout de Voltaire !,  soutenir votre confrère en radiophonie Monsieur Gallo, vous entretenir du monde avec le plus médiatiquement intéressant de cette assemblée, Erik Orsenna, chercher en Jean-Christophe Ruffin un nouveau débatteur pour France Culture ?

Vous venez d’échouer au fauteuil 38 au profit d’un cadet. Ce fut le fauteuil, notamment, de Paul Valéry qui a pourtant alerté sur les risques encourus « Le vent se lève !... Il faut tenter de vivre ! »

Sans académie, sans tambour ni trompette, mais avec cette légèreté qui est tant de travail, Monsieur Meyer, vous êtes incomparable. Restez dans cette cohorte des candidats  restés devant la porte. Vous perdriez votre talent à y trop tambouriner. Tomber dans le conformisme par anti conformisme, c’est du Cocteau. Ce n’est pas, et de loin ce, qu’il a fait de mieux.

Soyez assurés de mes sentiments les meilleurs.

Frédéric Arnoux ©

 

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