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05/06/2014

Poutine et l'impérialisme américain ...

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Ukraine, vente de Mistral et impérialisme américain : voilà les points qui ont notamment été abordés par le président russe durant un entretien diffusé ce mercredi soir et réalisé par TF1 et Europe 1.

 

Vladimir Poutine a longuement parlé de la crise ukrainienne ainsi que de ses projets politiques, lors d’un entretien diffusé ce mercredi soir et réalisé mercredi matin à Sotchi par le journaliste d’Europe 1 Jean-Pierre Elkabbach, et son confrère de TF1 Gilles Bouleau, le premier accordé à des journalistes occidentaux depuis le début de la crise ukrainienne.

Premier président russe présent à la commémoration du 6 juin 1944, Vladimir Poutine a souligné la participation importante, voire décisive de l’armée soviétique dans la victoire sur le fascisme, et est revenu à cette occasion sur la disparition de l’URSS qu’il avait jadis qualifié de plus grande catastrophe géostratégique du XXème siècle. Il s’agissait surtout, selon lui, d’une catastrophe « humanitaire car 25 millions de personnes d’origine russe se sont retrouvés du jour au lendemain dans un pays étranger, alors qu’ils vivaient jusque-là dans un pays uni ».

Interrogé sur ses projets géostratégiques actuels, il a démenti tout projet expansionniste, de reconstitution impérialiste ou de soutien au nationalisme russe. Abordant alors la crise ukrainienne, il a qualifié la chute de Viktor Ianoukovitch, après la révolte dite de Maïdan, de « coup d’État anticonstitutionnel », au profit d’un régime ayant « aussitôt supprimé les droits des minorités d’utiliser leur langue maternelle », en allusion au projet (annulé rapidement) de seulement retirer au russe son statut de langue officielle dans l’Est du pays imposant la rédaction dans cette langue des documents administratifs.

Ouvrir un dialogue

Il a appelé les autorités ukrainiennes à ouvrir un dialogue avec la population vivant dans l’est du pays, « pas avec des chars, des hélicoptères et les avions » et a estimé que le nouveau président, Petro Porochenko, qui « n’a pas encore de sang sur les mains » disposait d’une opportunité pour cela. Il a souligné être prêt à lui parler, notamment s’il le croisait à l’occasion des commémorations du 6 juin en Normandie.

Il a affirmé que la Russie respecterait la souveraineté de l’Ukraine mais devait l’avertir que tout entrée dans une « structure d’intégration rigide », comme l’Union européenne, constituait une perte de souveraineté. Il a souligné que la signature de l’accord d’association de Kiev avec l’Union européenne, à l’origine de la crise fin 2013, aurait empêché le maintien d’une relation économique privilégiée entre la Russie et l’Ukraine, symbolisée par l’existence préalable de 390 accords économiques entre les deux pays.

A propos des tensions à la suite de l’annexion de la Crimée, Vladimir Poutine a dit « espérer ne pas vivre une nouvelle phase de guerre froide » avec les pays occidentaux, notamment avec les États-Unis qui affirment disposer de preuves de l’implication de soldats russes dans les combats actuellement dans l’est de l’Ukraine. Après avoir affirmé que « pas un seul soldat russe, pas même un instructeur » ne se trouvait dans l’est du pays, en contradiction avec de très nombreux témoignages de terrain faisant état du contraire, il a mis au défi les États-Unis de fournir ces fameuses preuves.

« Coup d’État à Kiev »

Rappelant que Washington avait montré des preuves de l’existence d’armes de destruction massive en Irak en 2003 pour justifier l’intervention américaine dans ce pays - alors qu’il est apparu depuis lors que ces ADM n’existaient pas - reprochant aux pays européens d’avoir soutenu le « coup d’Etat à Kiev », il a estimé que son pays « ne pouvait pas être sûr que l’Ukraine n’adhèrerait pas à l’OTAN, nous ne pouvions pas autoriser une partie historique du territoire russe avec une population majoritairement russe sur le plan ethnique d’être incorporée dans une alliance militaire occidentale ».

Revenant sur les tensions avec les Etats-Unis, il a déclaré qu’une rencontre avec le président Barack Obama était possible mais « c’est à lui de décider, moi je suis prêt pour le dialogue ». Réagissant aux propos d’Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat, selon lesquels l’annexion de la Crimée par la Russie ressemblait aux agissements d’Hitler dans les années trente, il a jugé « qu’il est toujours préférable de ne pas débattre avec les femmes », ajoutant que Hillary Clinton n’est « jamais très subtile dans ses déclarations. Quand les gens dépassent certaines limites de politesse cela montre une faiblesse, ce qui chez une femme n’est pas un défaut. »

« L’agressivité de la politique américaine »

Il a alors fustigé « l’agressivité de la politique américaine depuis de longues années », soulignant que Washington dispose de bases partout dans le monde, d’où les Américains « dictent parfois leur conduite à des peuples », alors que la Russie n’a « pratiquement pas de présence militaire hors de son territoire ».

Il a aussi rappelé que le budget militaire des Etats-Unis est « plus élevé que celui des tous les pays du monde réunis » (selon les organismes spécialisés le chiffre exact est de 42% du total des dépenses militaires mondiales) et a démenti que la Russie se soit lancée dans un effort de réarmement ; « en pourcentage du PIB nos dépenses n’augmentent quasiment pas ».

Abordant alors la situation en Syrie, il a réitéré l’inquiétude russe vis-à-vis de la montée en puissance d’insurgés se réclamant d’Al Qaëda face à Bachar el-Assad, ce qui « constitue une menace même pour les pays d’Europe ». Si elle était démantelée, la Syrie « pourrait devenir un deuxième Afghanistan », a-t-il ajouté.

Mistral

Interrogé sur l’indépendance et l’influence de la France, le président russe a réitéré sa conviction que l’appartenance à une alliance militaire conduisait à une perte de souveraineté, qui serait inacceptable pour la Russie, citant « De Gaule, un grand défenseur de la souveraineté française », ou « Mitterrand, qui parlait de confédération européenne où même la Russie aurait sa place », concluant « rien n’est encore perdu en ce qui concerne le futur de l’Europe ».

A propos du contrat d’achat de deux porte hélicoptères de classe Mistral, il a dit attendre que Paris respecte ses obligations contractuelles et a laissé entendre que d’autres contrats étaient envisageables par la suite.

Abordant alors la situation intérieure russe, Vladimir Poutine a assuré que les opposants en Russie n’étaient en rien menacés par le pouvoir et s’y exprimaient « parfois plus librement qu’en France », démenti toute restriction ou censure d’Internet et a rappelé que l’homosexualité n’y était pas un délit, contrairement à certains États américains, rappelant que la loi passée récemment et critiquée en Occident réprime seulement la promotion de l’homosexualité auprès des mineurs.

  

Yves Bourdillon

 

Source : Les Echos.fr

07:35 Publié dans A ma guise | Lien permanent | Commentaires (0)

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