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28/07/2013

La lumière ne peut venir que de la discussion !

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"Hello, Mister Ramadan ! Alors, qu'est-ce que j'entends ? Une grave atteinte a été portée à votre réputation ?" Hilare, David Miliband, ancien chef de la diplomatie britannique, traverse l'une des somptueuses salles du Palazzio Vecchio, à Florence, ce vendredi 10 mai, et se dirige la main tendue vers Tariq Ramadan pour le saluer. Tariq Ramadan est, en France, notre pestiféré préféré, mais pour les Britanniques, y compris ceux de l'establishment, il est d'abord professeur d'études islamiques contemporaines à Saint Antony, l'un des meilleurs collèges de l'université d'Oxford.

Tariq Ramadan sourit. Tout va bien pour lui. Loin d'être écorné, son statut de star a été renforcé par la décision du ministre de l'intérieur français, Manuel Valls, d'annuler à la dernière minute sa participation à la conférence "L'état de l'Union" organisée à Florence par l'Institut universitaire européen (EUI), en raison de la présence de l'islamologue suisse parmi les orateurs invités. S'alignant sur la position de son collègue, Najat Vallaud-Belkacem, ministre des droits des femmes, a, comme lui, renoncé à venir. Ni l'un ni l'autre ne devait partager une tribune avec Tariq Ramadan, qui intervenait aux côtés du chercheur français Olivier Roy et d'autres experts européens dans un panel restreint sur le thème "Migration, identité et intégration". Mme Vallaud-Belkacem devait intervenir en séance plénière sur la question de la gouvernance démocratique en Europe aux côtés, notamment, de David Miliband et du nouveau vice-premier ministre portugais Miguel Maduro. M. Valls avait été invité, lui, à s'exprimer sur les questions de migration et de citoyenneté en compagnie de l'ancien premier ministre italien Giuliano Amato et de la commissaire européenne pour l'intérieur Cecilia Malmström.

Selon des sources associées à la préparation de la conférence et de la visite des deux ministres, le cabinet de M. Valls avait bien noté la présence de M. Ramadan et avait validé la participation du ministre à cette conférence, dont Le Monde et le Financial Times étaient partenaires, et dont le programme était public depuis plus d'un mois. C'est Manuel Valls qui, découvrant le nom de l'islamologue trois jours avant la conférence, aurait décidé qu'il n'était pas souhaitable pour lui d'y aller. Pourquoi ? Faute d'une explication claire – sollicités, ni M. Valls ni son cabinet n'ont souhaité répondre à nos questions – on ne peut que spéculer : lorsque l'on est en première ligne en politique avec, au bout du chemin, des ambitions présidentielles, on vise le sans-faute. Et en France, faire un sans-faute, c'est ne pas prendre le risque, fût-il minime, d'un échange de propos provocateurs avec Tariq Ramadan. Ne pas tenter les twittos.

Plusieurs membres de gouvernements européens ont participé à cette conférence. Le président de la Commission européenne (qui finance l'EUI), José Manuel Barroso, était là. Le président du Parlement européen, Martin Schulz, la ministre italienne des affaires étrangères, Emma Bonino, et sa collègue chargée de l'intégration, Cécile Kyengé, Italienne d'origine congolaise, ont pris la parole.

Débattre plus, pas moins


En l'absence des deux ministres, l'économiste Jean Pisani-Ferry, récemment nommé commissaire à la stratégie à Matignon, et Bruno Le Maire, l'un des rares politiques français à fréquenter régulièrement les forums européens, ont représenté la France. Ni l'un ni l'autre n'a d'ailleurs rencontré Tariq Ramadan à Florence, mais tout le monde s'est gratté la tête : il n'était venu à personne l'idée de ne pas venir à cause de lui. "Alors, s'est amusé un participant, perplexe, la France va renoncer à ses missions commerciales en Arabie saoudite ?"

Tariq Ramadan est, à lui tout seul, une exception française. En France, il sent le soufre, en Grande-Bretagne, on lui confie une chaire à Oxford (cofinancée par le Qatar). Manuel Valls peut débattre avec Marine Le Pen, mais il ne veut pas risquer de côtoyer Tariq Ramadan.

Intellectuel au ton de prédicateur, Ramadan n'est pas un personnage simple. Ses positions en faveur d'un moratoire sur la lapidation ou sur le traitement des femmes dans l'islam sont tortueuses. Son site, Tariqramadan.com, offre un parfait exemple de l'ambiguïté que lui reprochent ses détracteurs : il affiche, à première vue, des déclarations et interviews parfaitement défendables, mais les commentaires des lecteurs, pourtant soumis au filtre d'une modératrice, dérapent facilement sur des attaques contre les personnalités issues de l'immigration maghrébine qui ont accepté des postes gouvernementaux ou la prétendue judaïté de Nicolas Sarkozy.

Mais rien n'est simple dans ce débat : c'est une des raisons pour lesquelles il n'existe toujours pas de politique européenne de l'immigration. Aux Etats-Unis, on peut être pour ou contre, vouloir plus ou moins d'immigration, mais les termes du débat sur l'intégration sont clairs. En Europe, on a toute la gamme, du modèle assimilationniste au multiculturalisme débridé. Parce qu'elle représente une forte tradition d'assimilation culturelle, parce qu'elle abrite la plus grosse communauté musulmane et la plus grosse communauté juive d'Europe, la France compte dans ce débat. Et ce débat est crucial, avec, en toile de fond, le déclin démographique européen : l'immigration est appelée à s'intensifier plutôt qu'à diminuer. Il faut débattre plus, pas moins. Il faut débattre dans le cadre et l'espace européen, qui sont une réalité, pas se recroqueviller dans l'Hexagone. Il faut inclure les voix perturbatrices dans la discussion, pas les exclure.

Sylvie Kauffmann

Source : Monde / Idées (13 Mai 2013)

Bien qu'étant loin de partager son point de vue (je suis agnostique et l'ai suffisamment répété pour que ce ne soit un mystère pour qui que ce soit) chaque fois que j'ai eu l'occasion d'entendre T.R. sur un plateau télévisuel, mes neurones en frétillaient d'aise … Peu d'interlocuteurs sont aussi intelligents que lui, raison pour laquelle une certaine paresse intellectuelle incite à l'écarter. Ce n'est pas ainsi que les idées progressent. Je comprends que l'homme fasse peur mais rien n'interdit de chercher à atteindre son envergure ! Croyez vous qu'un intellect tel que le sien s'est forgé en deux jours ? Seulement voilà, l'Européen, que dis-je ? le Français  est devenu paresseux. L'acuité et la malice d'un Voltaire feraient tache à notre époque ! ... Nos politiques plus à l'aise dans la pensée unique, préfèrent fuir la confrontation. Oh ! certes, on lui oppose de temps à autre une féministe roulant des mécaniques laquelle s'attaque à ses mollets tel un roquet hargneux (pléonasme) ce qui ne saurait faire avancer le discours. Inutile de la nommer, tout le monde sait de qui je parle. Ne nous leurrons pas, les êtres supérieurement intelligents ne sont jamais écoutés. Malraux pour d'autres raisons était inaudible, Rocard (première version) de même … nous préférons de loin les propos simplistes d'une Marine Le Pen que nous n'approuvons pas mais que beaucoup acceptent de suivre par une sorte de facilité, pente savonneuse sur laquelle la plupart s'engagent depuis longtemps. Je ne mésestime pas les risques encourus face à un certain laxisme en matière d'immigration. Nous n'intégrons plus depuis longtemps les populations venues d'ailleurs, lesquelles refusent de se couler dans le moule en place tout en l'investissant. Ce n'est pas paradoxal puisqu'il s'agit d'une politique à long terme. En choisissant la démocratie qui comme chacun sait est la loi du plus grand nombre, nous ouvrions toutes grandes les portes destinées à un jour se refermer sur nous au risque de nous broyer. Subissons donc puisque nous ne savons plus objecter.

02:54 Publié dans A ma guise | Lien permanent | Commentaires (0)

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