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13/06/2013

L'inconnu du lac d'Alain Guiraudie 2012 - Durée : 1h.40

inconnu-lac-3.jpgFilm français avec Pierre Deladonchamps, Christophe Paou, Patrick D'assumçao

 

Si ce film qui vient d’obtenir  le prix de la mise en scène dans le cadre de la sélection « Un certain regard » à Cannes, ainsi que la plus confidentielle « Queer palm » n’avait pas eu les élus très « droitisants » de Versailles et St Cloud pour faire sa promotion, sans doute n’eut-il pas trouvé un public aussi attentif. Les critiques sont plutôt favorables, mais on peut craindre l’effet moutonnier de la vague portant sur le mariage pour tous qui jette un éclairage nouveau sur la vie et les mœurs des homosexuels.

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Disons-le tout net, ce film (coproduit par Arte, ce qui peut expliquer son format très télévisuel) m’a mis mal à l’aise, car à trop montrer on ne démontre rien. 

 

Un homme jeune, Franck, qui n’est plus un jeune homme vient chaque jour sur une plage naturiste au bord d’un lac, fréquentée uniquement par d’autres hommes, pour s’y baigner et plus si affinités. Il y rencontre Henri, célibataire, qui vient de se poster à l’écart et regarde sans fin le lac, ne cherchant le contact avec personne, et qui sera le seul axe aimant de tout le film, le seul qui dira  des mots profonds, engageants, affectueux. C’est Patrick D’Assumçao qui est Henri, un homme plein de rondeur et d’humanité, d’humour triste et de dignité bienveillante. Il marque le film en profondeur. Il est observateur et pour finir acteur au centre du drame qui vient achever le film, dont la fin reste bâclée, insatisfaisante, et pour tout dire assez prévisible.

 

Franck (Pierre Deladonchamps) est une sorte de risque tout de l’aventure furtive liant des contacts assez simplement et directement, pratiquant le SAR (sexe avec risque) de façon décomplexée, ce qui est une manière de nous faire comprendre que soit il est assez crédule pour faire confiance à tout le monde  et n’importe qui, soit qu’il se moque de tout et de tous, une sorte de sociopathie qui l’amène à ne surtout penser qu’à l’assouvissement de ses foucades. 

 

Il finit par rencontrer Michel (Christophe Paou dont le genre évoque les mecs sexy des années 80), croire qu’il en est amoureux, en dépit du fait qu’il l’a vu noyer son amant du moment. Il sera son nouvel amant, mais pour des après-midi de plage simplement, tout autre espace de vie étant refusé par Michel, dont on ne sait rien. A la vérité, on ne cherche pas tellement à en savoir davantage, pas plus que des autres personnages, qui sont assez minces, tournés vers l’immédiateté de la satisfaction de leurs désirs charnels.

 

C’est cru, c’est direct, c’est inutilement voyeur, et le champ assez fermé de l’action contribue à renforcer ce malaise. Disons que c’est un faux polar vaguement porno, avec un scénario inabouti. 

 

Si on voulait rechercher dans la volonté d’amour de Franck à l’égard de Michel (car c’est davantage la satisfaction de l’envie d’être amoureux que le ressenti d’une véritable passion qui l’anime) quelque chose qui aurait été soufflé par un Jean Genêt fatigué, je crois que l’on pourrait, mais l’esthétique du voyou reste un peu plate chez Guiraudie et la violence des rapports sexuels, leur fulgurance, n’est pas maîtrisée comme le ferait un texte de Pierre Guyotat (« Tombeau pour cinq cent mille soldats ») et le Querelle de Brest.

  

Au fond, l’image qui est renvoyée est assez sordide , comme issue de ces vers de Mallarmé « La chair est triste hélas » sans que je sois certain que les protagonistes aient fort envie de lire…même « Brise marine », justement.

 

Je ne suis pas certain que ce film soit très bon, il dit certainement des choses, je ne les ai pas toutes entendues. Et je redoute que le bruit fait autour de l’affiche ne desserve le droit à l’indifférence dans lequel nombre d’individus souhaitent vivre.

 

C’est interdit aux moins de 16 ans, ce qui est le signe que le sexe fait encore peur, davantage que les effets techniques guerriers et les morts à chaque seconde des productions hollywoodiennes.

 

Nous y verrons un signe que du chemin reste à faire… 

 

 

Frédéric Arnoux ©

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15:48 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0)

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