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16/05/2013

Des " grands " patrons qui ont désindustrialisé la France ...

Chez Jean Matouk.jpg

marteau.jpgLa désindustrialisation de notre pays a été largement commentée et chiffrée. Mais une part de cette désindustrialisation, surtout dans les grands groupes, est due aussi à de tragiques erreurs de management, moins souvent explicitées.

J’en prendrai deux exemples : Alcatel et Technicolor. Pour ceux qui l’ignorent, le premier est l’appendice décharné de la belle Compagnie générale d’électricité, qui avait finalement pris le nom d’Alcatel, le second de Thomson Houston.

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Alcatel et les erreurs « Tchuruk »

 

Alcatel a encore perdu, au premier trimestre 2013, 173 millions d’euro, et « brûlé » 553 millions de trésorerie, ce qui est le véritable indicateur de sa situation.

La CGE a été nationalisée en 1982 et privatisée en 1987. Jusqu’à cette privatisation, le « monopoly » industriel n’a pas été vraiment critiquable. Alsthom, dont la CGE a acquis la majorité en 1969, a plutôt eu un beau parcours, notamment avec le TGV et, à travers CIT Alcatel et autres opérations, le groupe s’est assez bien mis en posture pour le marché des télécommunications qui allait exploser. L’entrée au capital de Framatome (futur Areva), en 1986, était judicieuse face au développement mondial du nucléaire.

Mais les erreurs vont ensuite se multiplier sous la direction de Serge Tchuruk, qui annonçait d’ailleurs la couleur en proposant une « France sans usines » !

Il va vendre 76% d’Alsthom (les autres 24% seront vendus en 2001), puis Cegelec (1998), puis 38% sur 40% , et la totalité en 2001, de Framatome.

Ces ventes, comme celles du câbleur Nexans, ont été des erreurs pour l’entreprise, mais pas trop pour l’économie nationale. L’entreprise de câbles Nexans, par exemple, vendue par mise en Bourse en 2001, est une entreprise française qui figure dans les leaders mondiaux de son secteur.

Par contre l’erreur majeure, pour Alcatel comme pour l’économie française, fut la fusion avec Lucent technologies, entreprise américaine déjà en grosses difficultés, qui entraîna le couple vers l’abîme. L’espoir d’ouvrir par cette fusion, le marché américain des télécoms de l’avenir s’effondra très vite. Enfin, maintenant la spécialisation dans les équipements de téléphonie fixe, Alcatel puis Alcatel-Lucent, passèrent complètement à côté de la téléphonie mobile, secteur qui devait exploser ces dernières années avec les smartphones.

Bref, le dernier appendice de la CGE est mourant, et sa mort ne sera due qu’à une série d’erreurs de gestion depuis 10 ans. Car Alsthom délesté des Chantiers va plutôt bien et Areva ne se porte pas si mal !

Tant qu’à fusionner, Siemens eut été un partenaire plus logique. Sans doute l’opération aurait elle eu l’aspect d’une absorption par Siemens. Mais peut être des sites français eussent été sauvés.

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Thomson et l’abandon d’un secteur très porteur

 

Au départ, Thomson Brandt (1966) est issue elle-même de la fusion entre la vieille compagnie française Thomson Houston (1893) et Hotchkiss-Brandt (1956). Thomson CSF apparaît en 1968, à la suite de la fusion des activités électroniques de Thomson Brandt et de la Compagnie générale de télégraphie sans fil, tandis que Thomson Brandt reste concentrée sur l’électro-ménager, qui, après moult péripétie échouera, pour les petits appareils à SEB, et pour le gros électroménager à l’espagnol Fagor.

Thomson CSF a été nationalisée en 1982, et sera subdivisée en un pôle électronique grand public (Thomson multimédia en 1995) et Thomson CSF elle-même qui se spécialisera dans l’électronique professionnelle, surtout militaire.

C’est durant la gestion Gomez qu’a été abandonnée l’électronique médicale, par cession, en 1987, de la Compagnie générale de radiologie à General Electric en échange de l’activité téléviseurs RCA Music,

Très vite, les résultats montrent que cette dernière entité ne fait pas le poids dans le marché mondial. Pour faire bref, en 1997, Alain Juppé, Premier ministre, était même prêt à la revendre à Daewoo pour un franc… après une recapitalisation de 11 milliards de francs.

Mais finalement, c’est autour de Thomson CSF que l’on créé un pôle électronique de défense et espace avec ce qui reste d’électronique d’Alcatel, les activités électronique de défense de Dassault et les activités satellitaires d’Aerospatiale. Privatisé ensuite, Thomson CSF devient Thales.

Le regroupement était judicieux. La réussite de Thales le prouve. Toutefois, une baisse tendancielle depuis 1990 des dépenses d’armement, que ne peut qu’amplifier la crise budgétaire européenne, grisaille un peu l’avenir.

Par contre l’abandon de CGR fut une erreur majeure pour l’entreprise et pour l’économie nationale. La France dépend entièrement des américains et des allemands pour les appareils médicaux de toutes sortes, particulièrement dans l’imagerie médicale, mais aussi dans la dialyse, les appareils de dentisterie… alors que, du fait du vieillissement, ces marchés s’élargissent sans cesse. Quelques start-up se sont lancées récemment avec succès dans ce secteur, notamment pour les robots médicaux, mais que de chiffre d’affaires et d’emplois perdus !

Ce qui reste de Thosmson Multimedaa, qui deviendra Technicolor en 2010, va alors vivre de 2003 à 2012, une faillite larvée, parce que centrée sur les téléviseurs. Elle a dû vendre une à une toutes ses activités de production matérielle, tant en France qu’aux Etats-Unis (Grass Valey). La dernière usine, d’Angers, reconvertie finalement aux seuls décodeurs, sera fermée en 2012, avec 350 licenciements.

Technicolor est maintenant spécialisée dans la fourniture de solutions et services de production audio-visuelle. En raison de son portefeuille de brevets, le FSI vient de prendre 7,5% du capital, mais ce descendant de Thomson CSF n’a plus aucune activité industrielle.

Notre désindustrialisation n’est donc pas seulement un problème de compétitivité pour les PME ou de gamme pour les grandes entreprises, et de relations sociales pour toutes. Elle trouve aussi sa source dans des choix stratégiques de dirigeants qui n’ont été propulsés à la tête de certains groupes, qu’en raison de leurs études à l’X ou de l’ENA.

Recrutés « sur titre », dans cette nouvelle noblesse d’Etat, ils n’ont pas la connaissance interne des entreprises et ignorent souvent tout de leurs techniques et marchés. Contrairement, d’ailleurs, aux grandes firmes allemandes, hollandaises scandinaves, où les dirigeants sont très souvent issus de l’entreprise.

Et je ne suis pas sûr qu’une autre stratégie menée après Jean Gandois (1988-1994) pour Pechiney n’aurait pas permis de conserver en France plus que les 5000 emplois de Castelium.

Certains de nos dirigeants « sur titre“ont brillamment réussi. Il en va ainsi de Louis Gallois successivement à la SNCF et à EADS ( Airbus), ou encore Jean Louis Beffa à Saint Gobain. Mais les erreurs des autres nous ont coûté cher en emplois.

Source : en passant par ... (non pas la Lorraine, désindustrialisée depuis longtemps mais) ... rue 89 " chez Jean Matouk (économiste) "

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Et quand on ne pourra plus payer,  faute de fonds ? ... Un jour ou l'autre, le citron finit par ne plus avoir de jus ... Il est vrai qu'on le jette alors  ! Mais la solution inverse serait de loin préférable d'autant qu'il existe des jus susceptibles de rendre malade ceux qui s'en goinfrent, l'aurait-on oublié ? 

09:59 Publié dans A ma guise | Lien permanent | Commentaires (0)

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