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21/02/2013

Syngué Sabour - Pierre de patience (le livre et le film)

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-La chambre où va se dérouler l'action est petite, ornée seulement de deux rideaux, on y découvre un portrait d'homme moustachu, la trentaine, cheveux bouclés, visage carré encadré de deux favoris aussi noirs que ses yeux lesquels surmontent un nez en bec d'aigle. Au mur, accroché entre deux fenêtres, un petit kandjar ... La scénographie comme on dit au théâtre est précise, à la limite du fonctionnel. Dans cette pièce se trouvent un homme allongé et une femme assise, jambes repliées, visage encadré de longs cheveux noirs, tête penchée sur les genoux; elle égrène un chapelet. A portée de main, sur un oreiller de velours, le Coran, omniprésent. Venant de la chambre d'à côté s'élèvent des pleurs d'enfants. L'homme blessé est immobile, seule sa respiration indique qu'il vit encore. " Al-Quahhär," psalmodie la femme à chaque grain de chapelet;  ils sont exactement au nombre de quatre-vingt dix neuf comme les 99 noms d'Allah.

Au loin, fuse une série d' explosions de bombes suivies de répliques à la kalachnikov.  

Ce grand corps maigre à l'horizontale résume le destin de cette femme. Elle n'a jusqu'alors existé que par lui. Elle va se pencher vers lui pour murmurer, 

- " On m'avait dit qu'au bout de deux semaines tu pourrais bouger, faire des signes ... Mais nous voilà à la troisième semaine ... ou presque. Toujours rien. " ajoutant, " je n'en peux plus. "  

Régulièrement elle le lave, remplit la poche de perfusion et prie en espérant un miracle mais le liquide s'épuise et la pharmacie est inexorablement fermée. 

Avec soin alors, elle retirera le cathéter du bras, nettoiera scrupuleusement le tuyau avant de l'introduire profondément dans la gorge de l'homme pour qu'il puisse continuer à être nourri par un mélange d'eau sucrée-salée. Chaque souffle doit correspondre à une goutte. Dans ce but, elle vérifie le réglage.

Cet homme fut un guerrier et voilà où son courage l'a mené. Le temps s'écoule au rythme de la voix du mollah appelant les fidèles à la prière. 

Les enfants confiées à une parente, la femme reviendra régulièrement veiller son homme, qui ne fut pourtant pas tendre avec elle et peu à peu, elle racontera à ce corps immobile ce que fut sa vie avec lui. Le drame extérieur ne tardera pas à gagner la maison bien sûr et les principes régissant la vie d'une bonne épouse musulmane vont voler en éclats. L'histoire finit sur un coup de théâtre.

 

J'avoue avoir été très mal à l'aise tout au long de la lecture ... nos moeurs diffèrent tellement de celles en vigueur sous d'autres cieux  ... La façon de vivre d'une européenne doit constituer un réel scandale aux yeux de ceux ou celles qui viennent de là-bas. Confronter des civilisations aussi différentes, les amener à cohabiter équivaut à une sorte de folie qui ne peut être envisageable qu'au prix d'un maximum de tolérance réciproque, ce que compromet la religion. Je me demande parfois si nous ne voulons pas aller trop vite ? L'être humain a toujours tendance à vouloir imposer sa propre conception des choses et c'est là que se situe le risque ...

Tout le monde ne lit pas, surtout les ouvrages écrits par des auteurs venus de si loin mais en revanche, le cinéma nous aide à découvrir la façon de vivre et penser de ces autres peuples qui ne sont ni inférieurs ni supérieurs à d'autres mais tout simplement différents. Il faut laisser du temps au temps disait je ne sais plus qui. Ce livre ayant remporté le prix Goncourt 2008, il aura peut-être (ce n'est pas certain) touché un plus grand nombre de lecteurs ? C'est d'évidence, tout le mal que je lui souhaite. 

S. @ - " Eclats de Dire " Août 2010 -

 

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C'est ce que j'écrivis immédiatement après avoir lu le livre. 

Le film vient de sortir, magnifique, sublimé par la beauté des interprètes.

Les mots sont presque impuissants à décrire cette auto-adaptation de Atiq Rahimi laquelle annule du même coup la distanciation de l'écriture. On oublie grâce à lui que cette civilisation n'est pas la nôtre car cette femme paraît en dépit des conditions de vie qui furent les siennes, incroyablement indépendante et donc, moderne. Ce film est à voir, absolument car c'est un pur joyau.

 

 

2012 - 1h.40 - Drame franco-germano-afghan en couleurs d'Atiq Rahimi avec Golshifteh Farahani, Hamidreza Javdan, Massi Mrovat

10:55 Publié dans Film, Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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