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25/06/2012

Brigitte Engerer nous a quittés ...


Passionnée et généreuse, elle s'est éteinte à l'âge de 59 ans, victime d'un cancer. Elle avait donné son dernier concert il y a quelques jours.

Il y a des nécrologies plus douloureuses que d'autres à écrire. Non que l'on ait considéré Brigitte Engerer comme la plus grande des pianistes, il nous est même arrivé d'exprimer des réserves sur son jeu. Elle le savait et ne s'en formalisait pas: plus attentive aux autres qu'à elle-même, elle nous remerciait pour les bonnes critiques que l'on écrivait… sur son cher ami Boris Berezovsky!

De fait, l'artiste et la femme étaient d'une telle générosité, d'une telle passion, d'une telle gentillesse aussi - vertu nullement galvaudée à nos yeux - que le public ne s'y était pas trompé: elle était une des musiciennes classiques les plus populaires, amour durable et jamais démenti. On avait déjà tremblé pour elle lors de la première apparition, il y a six ans, d'un cancer dont on croyait bien qu'elle l'avait vaincu, reprenant sa carrière avec la même intensité. Mais c'était apparemment reculer pour mieux sauter, et son état s'était spectaculairement dégradé ces dernières semaines. Elle s'est éteinte samedi 23 juin, à l'âge de 59 ans.

Enfant prodige

Le 12 juin dernier, elle avait tenu à jouer le Concerto de Schumann puis le mouvement lent du Deuxième de Chopin avec l'Orchestre de chambre de Paris, au Théâtre des Champs-Élysées: s'appuyant sur une canne, elle avait quitté la scène à grand-peine et la salle, bouleversée, avait bien senti qu'il s'agissait d'un adieu. Sans pathos, avec le sourire, faisant signe à ce public qui la suivait depuis ses premiers succès voici trente ans, lorsque Herbert von Karajan lui avait donné sa chance à la Philharmonie de Berlin.

Native de Tunis, elle avait commencé en s'enfermant dans la salle de bains pour jouer sur un piano jouet. Forte de son premier prix au Conservatoire de Paris, obtenu à l'unanimité dans la classe de Lucette Descaves, à l'âge de 15 ans, et d'un prix au concours Long-Thibaud, deux ans plus tard, elle avait choisi d'aller se perfectionner au Conservatoire Tchaïkovski de Moscou, auprès du grand pédagogue Stanislas Neuhaus. Elle était alors devenue la plus russe des pianistes françaises, faisant la synthèse entre ces deux écoles que tout opposait.

Dans la culture russe, elle voyait «la sincérité, les regrets, la nostalgie du paradis perdu». Mariée pendant un temps à l'écrivain Yann Queffélec, ce qui faisait d'elle la belle-sœur de la pianiste Anne Queffélec, elle nous avait avoué avec humour avoir fait sa «crise d'adolescence à 40 ans», en ayant été privée par les sacrifices de la vie d'enfant prodige. Passionnée de musique de chambre, qu'elle pratiquait avec ses amis l'altiste Gérard Caussé, le violoniste Olivier Charlier ou le violoncelliste Henri Demarquette, elle était une habituée des Folles Journées de Nantes.

Au Conservatoire de Paris, elle était un professeur entièrement dévoué à ses élèves, dont elle favorisait la carrière avec un cœur d'or, n'hésitant pas à user de son influence pour procurer concerts et enregistrements aux jeunes artistes en qui elle croyait. Elle avait reçu en 2011 une victoire de la musique pour l'ensemble de sa carrière, mais l'amour du public était sa plus grande victoire.

Bandeau le figaro.fr brigitte engerer.jpg

05:56 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0)

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