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26/05/2012

Fallait pas y aller ! ... (la première fois)

Le bourbier afghan ... ou comment s'en sortir ?

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REPORTAGE Les habitants de la province de Kapisa craignent le retrait des troupes françaises, qui peinent à repousser les insurgés. Seules les autorités afghanes se disent confiantes.

Par NICOLAS ROPERT Correspondance à Kaboul

L’armée française a perdu en Kapisa la majeure partie de ses 83 soldats tués en Afghanistan. Malgré ses efforts conjoints avec l’armée afghane, les routes ne sont toujours pas sûres. De Kaboul, il faut à peine une heure et demie pour rejoindre Mahmoud-é-Râqi, la capitale provinciale, une petite ville de 7 000 habitants perchée sur une colline qui domine les premières vallées de la région. 2 500 soldats français, déployés sur les bases de Tagab et Nijrab, tentent de contrôler cette zone depuis 2008. «Sur les sept districts que compte la Kapisa, trois posent vraiment problème : Tagab, Nijrab et la vallée d’Alasay», résume Najeebullah Raheemi, membre du conseil provincial de Kapisa. L’homme qui reçoit dans des bureaux tout neufs est formel : dans ces secteurs, «la majeure partie de la population est favorable aux insurgés». Une allégation que confirme le chef de la police de Kapisa. Installé sous un kiosque à musique au beau milieu des bâtiments de la police de Mahmoud-é-Râqi, le général Abdoul Hamid affirme que, dans certains villages, «les habitants sont fermiers le jour, talibans la nuit». Il recense au moins 25 groupes d’insurgés, dont certains abritent des combattants étrangers.

«Respecter». La région de Kapisa est en effet éminemment stratégique. C’est un refuge pour de nombreux talibans. Elle permet de rejoindre le Pakistan voisin sans passer par la route de Kaboul. Et elle se trouve à une distance raisonnable pour mener des attaques sur la capitale. Du côté de l’état-major français, rien ne filtre sur les conditions du départ de ses soldats. Officiellement, aucune consigne n’a été donnée, même si François Hollande et Hamid Karzaï se sont entretenus par téléphone il y a quelques jours. Le président afghan a annoncé «respecter» la décision du nouveau chef d’Etat français. Les modalités précises de ce départ sont discutées lors du sommet de l’Otan à Chicago (lire page précédente), qui s’est ouvert hier soir.

Déjà, le processus de transition est en marche dans le district de Surobi (province de Kaboul), l’autre région où sont déployées les troupes françaises. Ces 400 militaires devraient pouvoir quitter le secteur assez rapidement. Mais, en Kapisa, la tâche sera autrement plus ardue. Hier, Ashraf Ghani, le responsable afghan du processus de transition, a annoncé que la Kapisa faisait partie des trois nouvelles provinces qui allaient pouvoir être transférées aux forces afghanes. Le passage de témoin devra se faire à marche forcée. «Mais nous sommes confiants. Les forces afghanes sont déjà en charge de la sécurité»,avance Ashraf Ghani.

Un optimisme qui tranche avec les affirmations des habitants de Kapisa. «Si les armées étrangères quittent l’Afghanistan, il y aura une guerre civile», confie, désabusé, Hezbollah. Ce vieil homme originaire de Nijrab a quitté son village pour venir témoigner dans un lieu plus sûr. «Même l’Otan n’arrive pas à assurer la sécurité. Quand vous serez partis, les talibans vont faire la guerre pour prendre le pouvoir», lance-t-il sans espoir que ni l’armée ni la police afghanes ne résistent très longtemps. «Mon village est déjà contrôlé par les talibans. Les militaires afghans et français n’osent même plus venir», assure de son côté un habitant du district de Tagab. Cet homme d’une trentaine d’années, barbe et cheveux noirs, raconte comment son grand frère a été tué d’une balle perdue, il y a deux ans, dans des combats entre insurgés talibans et forces françaises.

La confiance dans le gouvernement national ou envers les autorités locales est au plus bas. Mais, à aucun moment, ces Afghans ne prennent partie. Ils ne condamnent pas les activités des talibans, mais n’en veulent pas davantage à la France qui peine à assurer leur sécurité.

Alors, certains se raccrochent coûte que coûte à de maigres espoirs.«Nous voulons la paix et la sécurité», répètent-ils. Abdullmana, un paysan de Nijrab, se dit que ce départ anticipé n’est peut-être pas une mauvaise chose : «Si les Français partent, la situation sera compliquée, mais elle l’est déjà. Alors peut-être qu’avec leur départ les talibans n’auront plus de raison de se battre.»

Une version à laquelle ne croit pas le chef de la police de Kapisa. Lui se prépare plutôt à un affrontement frontal avec les insurgés dès que les forces françaises auront quitté la zone : «Nous sommes déjà en guerre contre les insurgés. Mais les forces afghanes vont tout faire pour assurer la sécurité en Kapisa après le départ des militaires français. La police est à la disposition du gouvernement pour maintenir l’ordre ici.»

Champ libre. «Les forces afghanes font preuve d’un très grand courage», affirme le lieutenant-colonel de gendarmerie Alain Fousseret, à la tête de l’unité de formation française de Mahmoud-é-Râqi. Avec son équipe, il conseille les responsables de la police afghane. Il révèle que les Afghans essuient de lourdes pertes : «Depuis le 21 mars, dix policiers ont été tués en Kapisa et plus d’une quinzaine blessés.» Ce qui fait dire au chef de la police que, pour assurer la sécurité après le départ des Français, «nous aurons besoin de moyens. C’est pour cela que nous souhaitons que la force internationale reste en Afghanistan pour aider, former et équiper la police et l’armée afghanes».

La question du financement constitue l’un des points de discussion lors du sommet de l’Otan à Chicago. Selon les propres chiffres du président Karzaï, après 2014 l’Afghanistan aura besoin de 4,1 milliards de dollars (soit environ 3,2 milliards d’euros) par an pour maintenir au moins 220 000 soldats et policiers. Une somme que devra trouver la communauté internationale, faute de quoi les insurgés auront le champ libre. La transition en Kapisa résonne en tout cas comme l’un des premiers véritables tests à l’échelle du pays.

RAPPEL :

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06:43 Publié dans actualité | Lien permanent | Commentaires (0)

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