Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

13/05/2012

Le blog de Gérard Floche ...


 

12 MAI 2012 – 23:15

On ne le dira jamais assez, mais une victoire de la gauche a un scrutin présidentiel, c’est forcément exceptionnel. Car tout est fait dans ce genre d’élection personnalisée, pour que ce soit la droite, son argent et ses médias qui gagnent.

 

Le présidentialisme est archaïque

Il faudra qu’un jour, notre peuple se réveille et découvre la honte de procéder ainsi au nom d’une prétendue démocratie : comment, peut-on imaginer un vrai débat d’idées en élisant une sorte de roi sélectionné sur sa bonne mine ?  Un « choix » schématisé à l’absurde.

La propagande « économique » basée sur des mensonges installés de longue date, joue en faveur du système en place : « un état c’est comme un ménage, ça ne doit pas dépenser plus que ce que ça gagne », « il faut dépenser moins »,  « Il faut payer la dette pour ne pas la laisser à nos petits-enfants », « on est en faillite », « il n’y a plus d’argent dans les caisses », etc.  Les petites gens, ainsi matraqués, finissent par croire que leur sort est irréversible.

Dans ces conditions, l’individualisation de la vie politique, exprimée par un vote de caractère « totémique », 40 millions d’électeurs désignant un seul homme, relève d’un archaïsme simplificateur, déformant, dépolitisant.

Sarkozy a essayé d’en jouer à plein. Pour détourner l’attention des responsables de la crise, banquiers, rentiers, actionnaires, spéculateurs, patrons de combat, il n’a pas hésité à appeler aux sentiments les plus frustres « contre l’autre » : contre l’immigré, contre l’étranger, contre le chômeur, contre l’assisté, contre le petit délinquant, contre le musulman, contre le faux travail, contre le dépensier, contre le gaspilleur, etc. Bien que n’ayant hésité à utiliser aucun de ces clichés réactionnaires, il a été chassé, rejeté.

La France est de gauche

Notre peuple est de gauche, la majorité sociologique est de gauche, en 2002 et 2007, déjà nous avions tout pour gagner. Ce sont les accidents de la personnalisation du scrutin qui ont fait défaut : en 2002, Chirac avait limité les candidats de droite alors qu’il y avait pléthore de candidats de gauche. En chiffres absolus, la gauche était majoritaire, mais 192 000 voix ont manqué pour que Lionel Jospin accède au 2e tour.  En 2007, la gauche n’avait cessé de monter, mais sur le fil, au forcing, face à une candidate qui ne mettait pas suffisamment le social au cœur, Sarkozy réussit à emballer avec un million de voix de plus l’illusion de « travailler plus pour gagner plus ».

C’est vraiment parce que Sarkozy, pendant cinq ans, s’est fait détester sans nuance, par sa politique antisociale, thatchérienne, néolibérale intégriste, qu’il a été battu le 6 mai 2012. François Hollande a dû habilement se présenter comme un « candidat normal » pour passer la ligne de crête qui lui a permis d’atteindre 51,63 % des voix. Il lui a fallu gérer un discours passant entre les gouttes, insensibilisant les médias, renvoyant Sarkozy à ses frasques, ses mensonges et volte-face, son cynisme, sa corruption. Hollande a réussi à présenter une personnalité positive, lisse, pour rassembler la gauche en s’appuyant sur la solide implantation du PS.

Tout cela n’aurait pas été possible si le PS ne dirigeait pas 2 villes sur 3, 61 départements sur 100, 20 régions sur 22, le Sénat et 200 députés sur 577. Sa force est venue de là pour capter en premier les aspirations du salariat, principale force sociale active de ce pays. Depuis 1981 « la majorité sociologique et la majorité politique se recoupent »… même si la gauche ne l’emporte que dans les circonstances exceptionnelles où elle sait se montrer à la hauteur.

Pas d’insurrection civique

Il ne peut pas y avoir « d’insurrection civique » : cette théorie inventée par Jean Luc Mélenchon a un côté sympathique et séduisant, mais elle ne peut exister. L’organisation sociale en place ne peut être remise en cause que par une insurrection sociale, pas par une « insurrection » électorale. Il faut pour transformer en profondeur une société, à la fois un soulèvement social collectif et des élections victorieuses lui correspondant – avec un scrutin sincère et démocratique. Sinon, la pesanteur de l’organisation sociale l’emporte : c’est pourquoi, nous savions d’avance que le PS n’avait pas de concurrent sérieux à gauche en 2012. Ce n’étaient pas les sondages qui nous donnaient cette certitude mais l’analyse des rapports de force politiques et sociaux.

 

Le salariat majoritaire à gauche

De même nous savions et cela a été vérifié que la force de la gauche, c’était sa majorité sociologique, le salariat, c’est-à-dire 93 % des actifs de ce pays. Tout le talent de François Hollande pour apprivoiser les difficultés du scrutin n’auraient pas suffi s’il n’avait pas rencontré les aspirations de ceux qui produisent les richesses de ce pays et n’en reçoivent pas la part qu’ils méritent. 60 % du salariat a voté pour lui, c’est une majorité sans appel. C’est même 70 % des ouvriers et 57 % des employés. Parmi les jeunes, Hollande a obtenu aussi 60 % des voix. Mais il reste des réserves car 32 % des ouvriers et  34 % des 18-24 ans se sont abstenus. Les scores dans les grandes villes (55 % à Paris) et les banlieues ont atteint aussi des sommets jusqu’à 90 % à St Denis.
On peut dire sans effet de manche que le vote Hollande c’est l’expression de la majorité écrasante du peuple. Même si on doit tempérer en précisant que l’importance de l’abstention et des votes nuls démontre qu’il y a encore beaucoup à faire pour le mobiliser entièrement.

À l’exception des artisans, commerçants et chefs d’entreprise, où il obtient néanmoins 21 % des intentions de vote (39 % pour Nicolas Sarkozy, nettement en tête dans cette catégorie), François Hollande est entre 27% et 34 % dans toutes les catégories professionnelles.
Le candidat PS est aussi premier chez les chômeurs (28 %, contre 21 % à Nicolas Sarkozy et 20% à Marine Le Pen). Il rencontre le succès chez ceux qui n’ont aucun diplôme (39 %), tout en obtenant 32 % chez les bacs+2 et bacs+3 où plus.
Il obtient des scores très voisins selon les tranches de revenus, culminant à 30 % chez ceux qui gagnent moins de 1.200 euros.  Par niveau de revenu, Nicolas Sarkozy fait son meilleur score (28 %) chez ceux qui gagnent au moins 3000 euros.
Hollande séduit davantage les femmes (30 %) que les hommes (27 %), contrairement à Nicolas Sarkozy (27 % et 24 % respectivement).
Il a les faveurs surtout de ceux qui vivent dans des villes petites et moyennes (entre 20.000 et 100.000 habitants, où il obtient 33 %), et obtient 24 %, son score le plus bas, en milieu rural. Le même d’ailleurs que M. Sarkozy dans les campagnes.
Si l’on regarde les préférences politiques, 34 % des sondés se situant « très à gauche » déclaraient vouloir faire confiance au candidat PS, huit points de moins seulement que Jean-Luc Mélenchon.

Le vote chez les retraités des catégories populaires est plus équilibré puisque François Hollande ne dépasse Nicolas Sarkozy que d’une courte tête.

Les catégories qui avaient voté Marine Le Pen le 22 avril ont d’abord choisi (à 38 %) l’abstention ou le vote blanc ou nul, conformément au choix de la candidate FN, 35 % votant Sarkozy et 27 % Hollande.
L’électorat de Jean-Luc Mélenchon a largement apporté ses voix à François Hollande (71 %) contre 2 % à Nicolas Sarkozy, avec une forte proportion (27 %) ne choisissant ni l’un ni l’autre.
Enfin, les ouvriers et employés actifs ou retraités qui ont apporté leurs suffrages à François Bayrou ont d’abord choisi l’abstention, Le vote blanc ou nul (46 %), un tiers (33 %) se reportant sur Nicolas Sarkozy et 21 % sur François Hollande.

Hollande, Mélenchon, même électorat :

Au plan politique, heureusement qu’un socle de 44 % s’était consolidé à gauche dès le premier tour. Les 28,63 % de Hollande sont une prouesse qui a assuré l’élan pour le 2e tour : sans l’avance prise, sans la dynamique du 22 avril, qui sait ce qu’il serait advenu ?  C’est ce que voulait Sarkozy à tout prix, pour « emballer » les médias en sa faveur. Le réflexe « de classe » de masse et matérialiste, c’était de voter Hollande, pour tous ceux qui avaient priorité de battre Sarkozy. Le vote pour Mélenchon était un choix plus idéologique et plus risqué.

C’est pourquoi des millions d’électeurs qui auraient aussi bien pu voter Mélenchon ont voté Hollande. Pas par « modération », ni par ignorance, ni par aveuglement, ni par suivisme. Ce réflexe n’a rien eu d’un banal « vote utile » sans âme ni sens, comme certains le disent à tort au Parti de gauche. Au contraire c’est un vote de classe mesuré et réfléchi. « Maudire » les votes utiles qui auraient « privé » le FdG de 30 % de ses électeurs, c’est insulter l’intelligence de ceux qui ont choisi cette stratégie. Ils ont appuyé celui qui était le mieux placé, c’était prévisible, sain et logique.

Mélenchon s’est abusé lorsque, en fin de campagne, exalté par le succès de ses grands meetings de Paris, de Marseille, de Toulouse, il fit croire lui-même à ses sympathisants qu’il pourrait être au 2e tour. Ce triomphalisme n’avait aucune chance, aucune base sérieuse, et il a d’ailleurs provoqué une grosse déception le soir du 22 avril sur les militants qui en ont rêvé. En vérité, le FdG a bénéficié, lui aussi, d’un concours de circonstances exceptionnel : il n’y avait ni Arlette Laguillier, ni Olivier Besancenot, et pour la première fois, la plus grande partie de la gauche hors Parti socialiste, présentait un front partiel uni. Avec le talent de Jean-Luc Mélenchon, ils ont obtenu un résultat à deux chiffres ce qui est un magnifique score pour ce type de scrutin binaire, biaisé. On peut, certes, comparer avec les 19 % de voix de gauche non socialistes de 2002 (les trois groupes trotskistes LCR, LO, POI avaient obtenu 11,5%). On peut aussi comparer avec le même type de voix de 2007, qui était de l’ordre de 12 %. Mais JL Mélenchon a su fédérer sur un seul nom ce qui était auparavant éparpillé et cela a créé une dynamique dont le PCF a pleinement raison de se féliciter.

 

Hollande Mélenchon programmes compatibles

Et cela n’enlève rien à ce qu’ils pensaient, car ces millions d’électeurs de Hollande du 22 avril sont politiquement tout à fait pour « 35 h, 1700 euros, 60 ans et pas de salaire > à 20 Smic ». Dire que c’est un vote sur le seul fond des idées, ce serait aussi réduire aux 11 % obtenus par Mélenchon, la gauche de ce pays. Ce qui, non seulement n’est pas vrai, mais aboutit à minoriser de façon stupide les aspirations essentielles du peuple de gauche.

Car il y a largement 80 % de la gauche et des syndiqués qui sont favorables à 35 60 1700 et 20, pas 11%.  Hollande s’est d’ailleurs déclaré le 19 avril sur RMC et BFM « d’accord avec Mélenchon sur le refus du traité Européen sur les disciplines budgétaires, il a proposé « un gouvernement de gauche avec participation du FdG et d’EELV » affirmant qu’il n’y « aurait pas d’ouverture ». Il a été on ne peut plus clair :  « je suis socialiste, je suis de gauche et je gouvernerai avec la gauche, il n’y aura pas d’ouverture.

Il suffit d’étudier les cartes des votes en France le 22 avril : les votes du PS et du FdG se superposent totalement. C’est spectaculaire, là où Hollande est fort, Mélenchon est fort, là où  Hollande est faible, Mélenchon est faible. La poussée des deux partis est concomitante et non pas opposée : le PS pousse vers 29 % le FdG pousse vers 11%.  C’est le même électorat. La  même dynamique. Il reste 4 % pour les Verts, le NPA, LO. Le total de 44 % est un des plus élevés de l’histoire de ce genre de scrutin. On le comprend encore mieux si on le met en relation avec la force institutionnelle du PS et son puissant réseau d’élus des villes, départements, régions.

Pour comprendre comment les électorats du PS et du FdG sont mélangés, sans rivages de l’un à l’autre, on tiendra que seulement 20 %  des votants du « non » au TCE ont voté Mélenchon. Or le non de gauche était largement majoritaire par mi les 55 % d’électeurs du 29 mai 2005. 59 % des électeurs socialistes avaient voté « non ». Accordons 10 %, voire peut-être 15 % aux « non » de droite de cette époque, il restait au moins 40 % au « non » de gauche. Seulement la moitié, à la louche a été re captée par le FdG en 2012. Une majorité de « non » socialistes sont allés sur Hollande. Ce qui témoigne encore de la proximité non seulement sociologique mais idéologique des électorats. Lorsque Eric Cocquerel affirme « les programmes du PS et du FdG sont incompatibles »,   il prononce à la fois une bourde sectaire au plan politique et à la fois au plan sociologique. Il est impossible de séparer « deux gauches », deux orientations incompatibles. Et les millions d’électeurs qui se sont partagés entre Hollande et Mélenchon ne l’ont pas vécu ni voulu ainsi. Cela relève d’un petit discours d’appareil que de tenter d’installer un pareil clivage artificiel.

Si l’on a encore un doute sur les connections entre les deux électorats, il suffit de regarder les études traditionnelles sur les votes sortis des urnes auprès des syndiqués : 40 % des inscrits ayant exprimé un choix et syndiqués sont proches de Hollande, 18 % de Mélenchon, 17 % de Sarkozy et 12 % de Le Pen. (Cf. tableau ci-joint).

61 % de la FSU, 56 % de la CFDT, 49 % de l’UNSA,  44 % de la CFDT, 28 % de FO,  35 % de SUD votent Hollande dés le 22 avril.

39 % de la CGT, 39 % de SUD, 31 % de la FSU, 14 % de l’UNSA, 13 % de FO, 6 % de la CFDT votent Mélenchon au premier tour.

Il n’y a pas plus « deux syndicalismes » qu’il n’y a « deux gauches ». De même qu’il fallut un accord des 8 syndicats en 2010 pour mobiliser 8 millions de manifestants de façon unitaire en défense de la retraite à 60 ans, chaque syndicat ayant ses débats internes.

Une victoire venue des profondeurs

Il convient de défaire tous les pessimismes qui radotent sur la « droitisation de la société »,  sur la division et l’hétérogénéité du salariat, sur les reculs idéologiques introduits par la sarkozysme,  etc… ON aurait dû gagner en 2002 et en 2007. On a gagné en 2012, ne boudons pas notre plaisir ni la force nouvelle qui en résulte pour nous tous.

Certes les inégalités sociales accrues, les 5 millions de chômeurs, les 3 millions de précaires, les 3 millions de  temps partiels, les 8 millions de pauvres, cela sape grandement la résistance du salariat. Mais Sarkozy n’a pu réussir qu’à appliquer une partie du programme thatchérien en France, il a été vite haï puis sanctionné. Et nous qui voulons « 35 60 1700 20 » et une VIe République sociale, on a fait un pas décisif en avant.

Ce qui vient de se passer, au-delà de la victoire politique et sociale autour de François Hollande, c’est un coup d’arrêt de la société qui a manifesté sa résistance à 10 ans de destruction complète des droits sociaux voulus par le libéralisme.

Ne diffusez pas de doute ni de pessimisme, n’atténuez pas les espoirs qui sont nés au sein de notre peuple salarié, au contraire cultivez-les, encouragez-les.

On ne gagne qu’avec de l’audace, en fortifiant les avancées une à une.  Or le 6 mai n’est pas seulement une avancée « belle et rebelle », c’est une énorme victoire historique de notre camp, c’est une vilaine page tournée, la gauche est maintenant de retour, les salariés ont à nouveau les cartes en main,, allons de l’avant tous ensemble.C’est par les luttes que le reste s’acquerrera !

 

zouh.jpg


07:47 Publié dans A ma guise | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.