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11/04/2012

ARTEMISIA

Musée Maillol (Fondation Dina Vierny) 

61, Rue de Grenelle 75007 PARIS

Tél. 01 42 22 59 58

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Artemisia,

 

Ce fut le titre d’un film (disons moyen pour être aimable), il y a quelques années et nous avions alors pensé que la dame sortait de l’ombre. Elle y est retournée néanmoins et la fondation Diana Vierny Musée Maillol lui offre une nouvelle chance, souhaitons que ce soit la seconde, et que les choses soient désormais en place.

 

Donc et jusqu’ 15 juillet prochain, et chez Maillol si j’ose dire, nous pouvons regarder de très près un ensemble de tableaux peints par ou attribués à Artemisia Gentileschi, fille de peintre et aussi mère d’artiste ayant œuvré au tout début du XVII ème.

 

On pourra lui préférer son inspirateur le plus direct, Michel Angelo Merisi, dit Le Caravage, mais il faut reconnaître à Artemisia un vrai talent propre en dépit du style daté et il faut le dire académique, en plus d’avoir été une femme indépendante à l’heure où ce n’était pas la règle, vivant de son art et par son art.

 

Jeune femme ayant subi un viol vers 16 ou 17 ans, sa peinture s’en ressent aux femmes souvent douloureuses, aux maternités inspirées, au thème récurrent, violent, de la décapitation d’un Holopherne plusieurs fois figurée comme si cette action était la partie allégoriquement visible d’une émasculation, de la volonté d’affaiblir et d’envoyer à la mort l’homme, agressif et sombre.

 

Les thèmes sont nécessairement de l’époque, inspirés des Ecritures ou figurant des allégories, mais la patte est là, puissante et retenue, le dessin précis, la lumière essentielle, l’œuvre solide et fermement affichée, composée de manière à ne plus pouvoir faire l’objet d’un point de vue différent ; c’est tout un exercice de virtuosité, loin de la mièvrerie des peintures de dame que les siècles suivants répandront…

 

Quelques toiles de ses amis et contemporains de ci de là viennent éclairer l’approche d’Artemisia, également peintre de portraits ; on dira plus tard de cette peinture qu’elle est mondaine sous le pinceau de Jacques Emile Blanche, de Van Dongen, d’Antonio de La Gandara notamment, ce qui ne fait que renforcer l’idée que les styles pré existent et que seules les manières changent.

 

Et l’idée prend soudain de s’interroger sur la maternité de ces œuvres (comme on parle de paternité pour les peintres masculins), parce que l’on croit simplement savoir, sur nombre de toiles, que c’est Artemisia qui les a peintes. Aussi attiré-je votre attention sur un livre improprement sous titré « roman » paru en 2006 chez Actes Sud, qui le diffuse désormais dans sa collection de poche, intitulé «  La double vie de Vermeer », écrit par Luigi Guarnieri, qui relate l’aventure de Han Van Meegeren qui dupa le monde des critiques, des experts, des marchands et collectionneurs en mettant sur le marché, alors qu’il était un peintre méconnu voire rejeté, des faux somptueux, de Vermeer, notamment et surtout. Au long de ce texte, on croise Proust et la mort de Bergotte, Goering avant et pendant le procès de Nüremberg et Delft et Vermeer et le monde un peu triste et filou de l’art des années 1920 à 1940, en France, en Hollande, aux Etats-Unis… Lisez ce livre c’est passionnant et nous amène à nous interroger lors d’une exposition : que regarde–t-on le plus de l’œuvre ou de son auteur, ce que nous croyons pouvoir en déceler, et en apprendre, ce que nous en croyons savoir ?

 

Ne sortez pas de Maillol sans avoir fait le crochet au deuxième étage : l’éblouissement vous attend : Séraphine ( de Senlis) est là avec une huitaine de toiles éclatantes, merveilleuses, intemporelles, immenses, baroques et folles ! Si vous ne succombez pas à la lumière des « marguerites jaunes », c’est que la peinture n’est pas votre tasse de thé.

 

Au vrai, mais parce que les thèmes anciens ne sont que peu de mon goût, je conserverai de cette exposition le trait d’esprit habité de Madame Louis davantage que la souffrance clair-obscur de Mademoiselle Gentileschi.

 

Frédéric ARNOUX ©

 

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07:19 Publié dans Expos | Lien permanent | Commentaires (0)

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