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27/05/2011

Dans la peau d'un maton de Arthur Frayer, chez Fayard.


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L’auteur est un jeune journaliste qui cherchant à rédiger un article de fond sur le monde carcéral français n’a rien trouvé de plus efficace pour atteindre à l’objectivité maximum que de se faire recruter par l’administration en qualité de gardien de prison.

Rien de nouveau ni de remarquable au procédé, initié par Günther Walraff dans les années 80 avec son livre « Dans la peau d’un Turc » ou récemment Florence Aubenas avec « Les quais de Ouistreham »

L’ennui avec ces ouvrages de journaliste, c’est que c’est écrit rapidement, comme des articles de presse, plus ou moins bien, avec une préférence pour le moins,  cherchant le trait, la nervosité, tentant de donner l’illusion de l’action et de la vie qui défile sans possibilité vraie de retenir quoi que ce soit..

C’est rapidement ennuyeux, et cela ramène en fait à une compilation d’anecdotes accompagnée d’une jérémiade autoadmirative sur le sens du sacrifice, relatif, qu’il faut avoir pour se mettre ainsi dans une situation paradoxale : espion de l’intérieur.

A la différence du livre de F. Aubenas, il n’y  a nulle empathie dans l’ouvrage de M. Frayer, parfois un peu de compassion, mais pas de véritable approche humaine tant des détenus que du personnel pénitentiaire.

Tout est vu par le petit côté de l’œilleton. Nous faisons du surf sur des généralités, nous flottons sur la surface.

Il y a certes quelque chose de méritoire à s’inscrire dans le process des concours administratifs, et M. Frayer est bien fier de sa formation initiale, qui n’a rien d’ébouriffant, qui lui permet néanmoins de « pipeauter » son travail pour ne réussir que le concours qu’il vise. Il accepte de s’inscrire dans toute la démarche d’intégration du jeune gardien de prison, mais il ne nous dit rien de ses buts profonds, hormis son projet d’article. Nulle part on ne ressent l’envie d’aller plus loin, de découvrir pour dénoncer certes, on n’est pas journaliste pour rien , mais aussi peut être pour avancer des propositions, des idées, suggérer…L’ensemble reste un peu court, car accepter de mettre entre parenthèse sa vie professionnelle, et personnelle d’une certaine manière, pour un article, c’est surprenant et pour tout dire peu crédible. Il n’y a pas là motif à sanctification, ni même à béatification. Laissons à l’auteur la joie d’être satisfait de son ouvrage.

Au demeurant, la fin est plus que bâclée, qui nous révèle que la situation étant intenable, l’auteur laisse tout en plan et retourne sans plus de formalités à sa vie propre. Mais quid réellement de cet abandon de poste, de ses conséquences pratiques, tant pour ses collègues que l’Administration ou lui même ? C’est une image à la Lucky Lucke de ‘poor lonesome cowboy ‘assez misérable qui est produite.

Le livre, sorti il y a quelques semaines, a valu à son auteur les invitations de certains médias, plutôt orientés « actualité mode », je veux dire ces émissions relativement consensuelles de Canal + ou de France 2, qui sous couvert d’impertinence permettent à leurs animateurs pléthoriques de dire, au fond, n’importe quoi, la ligne directrice de leur humour étant une forme de puritanisme bon teint, maquillé de formules emballantes qui dissimulent mal une philosophie de concierge sur le retour, le livre donc est une compilation de choses vues, mais en aucun cas une réflexion sur le monde carcéral. Rien sur l’influence et le rôle des syndicats, rien sur les revendications tant du personnel pénitentiaires que des détenus, rien sur les problèmes médicaux, en fait rien sur pas mal de points qui eussent pu constituer un ouvrage intéressant.

Si on veut vraiment avoir un regard analytique et critique sur le monde carcéral, lire l’ouvrage de Véronique Vasseur «  Médecin-Chef à la Santé » publié en 2000 au Cherche Midi.

Frédéric Arnoux ©

12:07 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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